LE RETOUR DU « MELANCOLIQUE SURVOLTE »

Publié le par Biblinimes

 

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Le « mélancolique survolté » - l’expression est du critique sagace Jean-Louis Bory  - c’est l’écrivain Paul Morand (1888-1976). « Un roi du jour des twenties (…) New-York, Londres, la Route des Indes, Paris  -Tombouctou, il tira le portrait des grandes villes et des grands itinéraires. » Attaché d’ambassade dont les premiers pas littéraires sont salués par Proust (Tendres stocks, 1921). Puis Excellence en poste. Il est « L’Homme pressé » (1941) de son plus célèbre roman. Un style rapide et percutant. En 1940, il fait le mauvais choix. Qui le poursuivra, de Vichy à son exil suisse de Vevey (1944-1953) - après sa révocation de la Carrière.  Proscrit, mais conscience « morale » des célèbres « Hussards » romanesques des années 1950 : Roger Nimier, Michel Déon ou Jacques Laurent. Il sera finalement réintégré par le Quai d’Orsay. Mais pas réhabilité pour De Gaulle - Chef de l’Etat et Protecteur de l’Académie française. Qui s’oppose à l’élection de Morand sous la Coupole (1958). Via les « gaullistes » du Quai Conti : le bordelais François Mauriac (1885-1970) et le nîmois André Chamson (1900-1983). Dans l’indifférence polie de l’essayiste et alésien Thierry Maulnier (1909-1988). Pourtant d’un camp idéologique voisin du candidat malheureux. L’échec académique de l’écrivain vaut au Général-Président un portrait à charge sous les oripeaux de Louis XIV : « Fouquet ou le Soleil offusqué » (1961). Et une belle raclée littéraire à ses contempteurs. Mauriac vu avec mépris comme un éternel « intellectuel de gauche »… Chamson peint avec les mots de Michelet tel « une tête de caillou dure et de travers »…  Maulnier, si oublieux du coup de pouce de  Morand pour le faire entrer au « Figaro »… Dix ans plus tard, les cartes sont rebattues. 1968 est passé par là. La France moisie se rassemble. Morand est des siens. Il se représente à l’Académie, sera « Immortel, enfin » - selon le titre de ce roman d’histoire littéraire signé Pauline Dreyfus. Ironiquement suranné.

 

                                                                                                                     Michel Boissard

 

Immortel, enfin ; P.Dreyfus, Grasset, 2012, 17 euros

 

Publié dans articles La Gazette

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