LE TEMPS DE LA REVOLTE NUE

Publié le par Biblinimes

 


 

A quoi bon, comme le fait l’éditeur marseillais Agone,  republier ce pamphlet de Paul Nizan (1905-1940) daté de 1932 ? Le condisciple de Sartre, de Simone de Beauvoir et de Raymond Aron à l’Ecole normale supérieure, philosophe de formation et rebelle à l’ordre du monde, y pourfend les penseurs de son temps.  Qui se souvient de Léon Brunschwicg, de Boutroux,  de Lalande, des kantiens de la Sorbonne dans les années 1930 ? De Bergson, davantage, mais enfin… Reste le ton usité. Nizan est communiste et le demeurera jusqu’au Pacte germano-soviétique de 1939 qu’il refuse. Taxé de trahison par ses camarades, il est tué sur le front en 1940.  Sartre, en 1960, réhabilitera un des plus remarquables écrivains français de son siècle. Un ton tranchant. Celui de la « révolte nue ». Celui du refus. Que Nizan emploie dans « Aden Arabie », son premier livre, issu d’une année de préceptorat chez de riches coloniaux au Yémen. « Il ne faut plus craindre de haïr, il ne faut plus rougir d’être fanatique. » Qui étonnera aujourd’hui que le débat public se complaît dans la grise idéologie du compromis. Pertinente est également cette distinction entre la philosophie « de la connaissance du monde » et celle de « l’existence des hommes ». Voici ceux qui justifient les valeurs dominantes - économiques, sociales, culturelles, morales. Les « penseurs de métier ». Qu’on trouve maintenant à la télé, dans la presse, au box-office du prêt-à-porter idéologique. Face à ceux - comme aucune philosophie n’est neutre - qui prennent le parti des « opprimés ». Discernant dans l’action intriquée au monde réel et à l’humain le sens même - signification et direction - de toute philosophie émancipatrice. « Renverser l’irréversible » tel est leur mot d’ordre.

 

                                                                                               Michel Boissard

 

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Publié dans articles La Gazette

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