LES ENFANTS COULEUR DE PATRIE

Publié le par Biblinimes

 

 

 

Tout ensemble démiurge et héros du roman - occitan et français - de Georges Peladan, Pere se tient au carrefour de la mémoire et de l'histoire. On l'appelle « L'Espagnol ». Tel l'inoubliable personnage d'un roman éponyme de Bernard Clavel. Né en Catalogne pyrénéenne, au Val d'Aran, « dans son berceau, il avait trouvé trois langues ». Le castillanhéroïco-satirique, du Don Quichotte de la Manche. Le catalantant honoré par Raymond Lulle, l'Arabiscus christianus. Enfin, l'occitan cher au troubadour Marcabrun. Trois sources vives. Mais Pere vivra constamment à l'heure des brasiers. Le premier, allumé le 26 avril 1937 à Guernica, par les avions de la Légion Condor. Un demi-siècle plus tard, au coeur des Cévennes lozériennes - Saint-Etienne Vallée française - le second est noyé par les bombardiers d'eau de l'été incendiaire de 2003. Entre les deux, en avril 1944, voici celui des « enfants couleur de patrie ». Les jeunes maquisards de la Picharlerie. « Eduqués » au combat contre nazis et miliciens par cet ancien des Brigades Internationales, exilé en Cévennes à l'issue de la Guerre civile. Et qui continue la lutte, par delà les années et la victoire de Franco. Infiniment proche, dira Aragon de «Ceux qui n'ont pas voulu se rendre / Ceux qui n'ont pas voulu se vendre ». Qui « Ont caché leur coeur sous la cendre / Dans la flamme cherché l'abri / Des salamandres ». Et, au sens propre comme au sens figuré, se sont confrontés « ai fuoc de la libertat ». Le feu de la guerre qui tue l'ennemi envahisseur. Brûle les fermes, les temples, les souvenirs. Mais, au rejeu de la mémoire, aussi celui qui inspire les paroles de « L'Estaca » (1968) du poète et compositeur Luis Llach : « Si nous tirons tous, il tombera, tombera, tombera / Et nous pourrons nous libérer. » 

Michel Boissard

Au feu de la liberté, G.Peladan, Marpoc, 2012, 16 euros

 

 

 

Publié dans articles La Gazette

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