LES SALAUDS VONT EN ENFER

Publié le par Biblinimes

 


La réédition de ce superbe roman dans l'Histoire , « Des chiens vivants » (édition originale, Julliard, 1967), confirme la profondeur, l'intelligence et la vigueur du talent littéraire de l'écrivain auvergnat Jean Anglade. (1915). Un sujet sulfureux : le destin de sept dirigeants nazis épargnés par la potence au Procès de Nuremberg (1945). Une structure narrative et une écriture romanesque étonnantes de modernité. La fiction se focalise sur les trois ultimes détenus de la forteresse allemande de Spandau. Albert Speer, l'architecte d'Hitler, devenu jardinier amateur. Baldur Von Schirach, l'ancien dirigeant des Hitlerjüngend, orgueilleux de son image dans l'Histoire. Et le favori du Führer, Rudolf Hess, inaltérablement convaincu que Hitler avait raison. Seul Hess est condamné à la détention à vie. Il sera retrouvé suicidé, pendu à un fil électrique, âgé de quatre-vingt treize ans, en 1987. Mais dans le récit nous ne connaîtrons jamais l'identité de ces trois personnages. Voici un roman sans récitant. Où une objectivité glacée s'appuie sur les supposés journaux intimes des détenus. Qui prennent alternativement, se faisant écho l'un l'autre, une plume pathétique, d'une médiocrité et d'une bassesse d'âme confondantes. Détenus respectivement désignés par les qualificatifs N° 1, N° 5 et N° 7. Accentuant cet anonymat dépersonnalisant, les autorités américaine, britannique, française et soviétique, dirigeant Spandau à tour de rôle, sont seulement distinguées par les lettres A,B,C et D. Mais Dante n'avait rien vu, dirait le journaliste Albert Londres. Cette prison, d'une capacité de...quatre cents cellules, est un cercle de l'Enfer ! Troissalauds nous y rappellent ce qui fut une apocalypse pour l'humanité.

 

Michel Boissard

Des chiens vivants, J. Anglade, Presses de la Cité, 2010, 21 euros

 

 

 

Publié dans articles La Gazette

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