« LOU MARQUES » ET LES SIOUX

Publié le par Biblinimes

 

                                                     

 

Présentée avec sensibilité par « le fou d’Amérique » Frédéric Jacques Temple, voici l’histoire de la rencontre inattendue, au début du siècle dernier, entre « l’inventeur » de la Camargue, « Lou Marqués » Folco de Baroncelli-Javon (1869-1943), poète et manadier, et une phalange d’Indiens Sioux du Dakota !  Sous l’égide du colonel William Cody, alias Buffalo Bill . Qui, ayant décimé la nation indienne et ravagé ses ressources animales, prolonge son activité colonialiste en offrant aux spectateurs européens le spectacle pittoresque du « Wild West Show ». Une sorte de « son et lumière », avec bêtes et hommes extraits des réserves fédérales US.  Mais la dérision se colore maintenant d’une fraternité tragique. Quand, le 27 octobre 1905, la troupe de gardians de Baroncelli vient saluer à Nîmes le « cirque » de Buffalo Bill, cette visite éclaire surtout l’amitié naissante entre le Marquis et Jacob White Eyes – Yeux blancs comme Same Lone Bear – Ours solitaire, deux des Indiens Oglalas dont il a fait  connaissance lors de la tournée à Paris et à Toulouse. Baroncelli que le chef Sioux Queue-de-Fer baptisera du nom d’Oiseau fidèle  - Zintkala-wast, invite ses nouveaux commensaux à partager sous le « tipi » du Mas de l’Amarée  un « pemmican » arrosé du vin blanc de Chateauneuf-du-Pape. Mais bien plus que les séductions de la Camargue, ce qui unit les rebelles de la réserve de Pine Ridge au fondateur de la « Nacioun gardiano », c’est la conscience commune d’une oppression culturelle identique. Leur correspondance jumelle témoigne superbement que indianité et occitanité fondent ensemble un surprenant humanisme des minorités.

                                                                                                                              Michel Boissard

Car mon cœur est rouge, F. de Baroncelli, Gaussen, 2010, 20 euros

 

Publié dans articles La Gazette

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