MARIE ROUANET CHEZ FRANCOIS MAURIAC

Publié le par Biblinimes

 


 

Il n'est pas trop tard pour remarquer la perle noire romanesque que nous a offert la biterroise Marie Rouanet au début de cette année. Cette fille de Madame Colette, la voici étonnamment cynique et cruelle. Revisitant l'univers sombre, amer et brûlant de François Mauriac. Nantes et les rives de la Loire sont le cadre de cette histoire où le ressentiment s'épanouit dans la violence. Renée, la narratrice, aime l'écriture, la sculpture et de longues déambulations rêveuses. Mais elle n'a pas réussi dans la vie. Retour chez ses parents, elle est invitée à une soirée chez Hélène Jouan, maintenant Madame Henry. Jadis, Hélène, belle et hardie, fascinait amies et connaissances de son village. Parmi elles, Renée. Admiration accrue par son mariage avec Me Georges Henry, rejeton d'une richissime dynastie notariale. Mais le monde et les temps changent. Hélène est toujours riche, mais blessée. Au sens propre : un accident d'automobile lui a brûlé les cheveux, coupé une main, l'a enlaidie. Et au sens figuré. Elle porte son âme sur son visage. La perversité de Madame Henry va changer l'existence de Renée. Qui devient « la Nègre » de cette bourgeoise à face de Gorgone. Chargée d'écrire pour son compte le livre qui révélera les vices et les canailleries de son tabellion de mari. Séduction de l'argent, pression morale, complicité avérée : tout s'y met pour accomplir la scandaleuse besogne aux résultats inattendus ! Qui résonne d'une petite musique aigre, parfois drôle, souvent grave.

 

Michel Boissard

La Nègre, M. Rouanet, Albin Michel, 2010, 16 euros 

 

 

 

 

Publié dans articles La Gazette

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