MEMOIRES EN VELOURS CÔTELE

Publié le par Biblinimes

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Et si l’on réhabilitait la littérature du « seigle et de la châtaigne » ? Ces fictions en « velours côtelé » (Olivier Boura) qui nous donnent à lire le pays ? La mémoire vive d’une terre et la diversité de l’imagination ne se confondent pas toujours avec l’esprit de clocher. Christian Laborie (1948) le démontre : né à Tourcoing et cévenol d’adoption, son écriture séduit, captive et charme. Lisez donc « Les Bonheurs de Céline ». Une histoire simple. Celle de l’exil obligé, santé et solitude aidant, de Céline Portanier, soixante-quinze ans. Quittant le mas familial du Courtil, à Saint-Paul, non loin d’Alès, pour être hébergée à la maison de retraite des « Heureux », à Montpellier où vit sa fille. Que fut sa longue vie enchâssée dans un monde rural englouti ? Céline écrit ses mémoires tout au long du roman, qui s’organise autour de la figure d’une femme déracinée. L’originalité du récit tient précisément dans l’entrelacement d’une existence ordinaire, mais singulière, avec l’Histoire elle-même. A ce côté ethnographique : le temps de l’arbre-à-pain et l’ère de l’arbre d’or, l’époque du Certificat d’Etudes, les rituels familiaux et les amours paysannes, la place du Temple dans une société aux couleurs huguenotes, ces je-ne-sais-quoi et ces presque-rien qui trament les événements et les conversations au village… Confronté au bruit à la fureur du monde. De l’interminable Grande Guerre aux périls excessifs de la Résistance. Des Poilus de 14/18 frères du cévenol Henri Barbusse, aux « fiers enfants de nos Cévennes » qui firent rimer maquisards et camisards… André Chamson aurait aimé ce « roman dans l’Histoire ».

 

Michel Boissard

 

2010, 20 euros

Publié dans articles La Gazette

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