MON PERE, CE HEROS…

Publié le par Biblinimes

 

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Vers les années 1980, l’écrivain Jérôme Garcin eut l’idée de demander à ses homologues de rédiger de leur vivant la notice biographique qu’ils aimeraient qu’on lût d’eux post mortem. Ouvrant à la lettre A ce dictionnaire anthume de personnalités littéraires, voici d’Yvan Audouard (1914-2004) l’incisive remarque suivante : « Il aimerait tant que quelqu’un se décide à le présenter à lui-même pour qu’il fasse enfin connaissance. » Le prolifique chroniqueur provençal qui passa sa jeunesse entre Arles et Nîmes, la plume redoutée du « Canard enchaîné », n’a rien perdu pour attendre. Le voici magnifiquement servi par le récit grave, tendre et ironique que lui dédie son fils. Le romancier et éditeur Antoine Audouard. « Le rendez-vous de Saigon » qui lui donne son titre est aussi la clef de l’œuvre d’un polygraphe qui ne se considérait pas comme un véritable écrivain. C’était un conteur ayant élu domicile d’écriture à Fontvieille. Célèbre, on le sait, depuis le nîmois Alphonse Daudet. D’où il projeta sur les tables des libraires quelque soixante pastorales de santons, hymnes à la lavande et autres conversations avec Pagnol. Après avoir publié d’originaux et suaves souvenirs d’enfance (Le sabre de mon père, 1999), il décida d’exploiter cette veine. En racontant ses origines, lui, le natif d’Indochine, où son propre père était officier colonial. Menteur de la taille de Jean Giono, c’est-à-dire véritable créateur, Yvan Audouard ne parvînt jamais à écrire la suite de ces mémoires. Par lassitude ou par vieillesse.  Bien qu’il en  promît à sa famille l’imminente conclusion… Antoine Audouard prend le relais. Et l’histoire d’une décrépitude devient magiquement l’histoire d’une résurrection.

 

                                                                                                          Michel Boissard

 

Le rendez-vous de Saigon, A. Audouard, Gallimard, 2011, 13,90 euros

 

 

Publié dans articles La Gazette

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