MOULOUD FERAOUN, LE TEMOIN EGORGE

Publié le par Biblinimes

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Je me souviens de la froide matinée du 16 mars 1962 à Nîmes. Des élèves réunis dans la cour du Lycée Camargue. Observant une minute de silence. La veille, à El Biar, sur les hauteurs d'Alger, les tueurs de l'OAS avaient abattu six inspecteurs des centres sociaux de l'Education nationale. Quatre jours seulement avant le cessez-le-feu qui mettrait un terme à l'innommée guerre d'Algérie. Parmi les victimes, Mouloud Feraoun (1913-1962). L'écrivain à l'identité plurielle. Algérien. Né à Tizi-Hibel en Grande Kabylie. Qui s'est raconté dans son premier roman en langue française : «Le fils du pauvre. Menrad instituteur kabyle » (Le Seuil, 1954) Et dont reparaît à un encablure du cinquantenaire de son assassinat, coïncidant avec le demi-siècle de l'indépendance de l'Algérie, le « Journal » 1955-1962. Son ultime opus, préfacé par son ami de l'Ecole normale d'instituteurs, le romancier Emmanuel Roblès (1914-1995). Révélant la double figure du fils de la famille de fellahs misérables Ait-Chabane. Auquel l'officier d'état-civil des « Affaires indigènes » imposa le patronyme de Feraoun... D'un côté, selon l'universitaire Christiane Achour, un prosateur dont « Les Jours de Kabylie » (1954) ont le parfum intemporel et surannée des « Lettres de mon moulin ». De l'autre, l'auteur déchiré de trois-cent cinquante pages d'un journal tenu par intermittence, qui au fil des ans dresse un réquisitoire, toujours plus âpre, du système colonial. Chronique de guerre d'un adversaire de la violence qui exprime parfois des doutes sur les combattants du FLN mais interpelle vivement Roblès ou Albert Camus : « Ce pays s'appelle bien l'Algérie et ses habitants des Algériens... Dites aux Français que ce pays n'est pas à eux. » Un témoin qui «  prend le risque de se faire égorger » (Pascal).

Michel Boissard

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Publié dans articles La Gazette

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