ON NE NAÎT PAS REBELLE, ON LE DEVIENT

Publié le par Biblinimes

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Voici dix ans que Jean-Pierre Chabrol (1925-2001) nous a quittés. On l’imagine sous les traits du lycéen résistant Christian Bessèges (La Dernière cartouche, 1953). Du camisard Samuel Chabrou dressé pour la Gloire de l’Eternel (Les Fous de Dieu, 1961). Ou du journaliste et dessinateur communiste Hanjure en butte au dogmatisme stalinien (La Folie des Miens, 1977). Il n’est aucun de ces personnages. Mais il est chacun d’eux. Comme il est le jeune libertaire Jean Hur. Fils d’instituteurs, du village de Clerguemort, au flanc du Mont Lozère. Autrement dit : Jip, fils de Silvin Chabrol et de Noëlie Alzas, du Pont-de-Rastel (Gard). Jean Hur qui fait la connaissance, à l’aube des années 1930, de l’écrivain Léon Larguier alias Cherchemidi, revenu chercher dans la Cévenne l’impeccable naiveté qu’il a perdue sur les bords de la Seine, entre les Calligrammes d’Apollinaire et les « Aventures célestes de M.Antipyrine » par Tristan Tzara… Débute de la sorte la trilogie des « Rebelles » (1965-1968) - judicieusement republiée par les éditions Omnibus - que complète le chant pamphlétaire du grand déplaisir « Le Crève-Cévennes » (1972). Frondeurs, ils le sont : Jean Hur, Luc Roux, le « sarrasin » Gino Passola et Raoul Ardailhac. Des adolescents rétifs. Issus d’un peuple « à l’échine rebelle et à la nuque raide » (Ancien Testament, Néhémie). Que touche l’aile de l’Histoire - mineurs de charbon comme Noël Tarrigues qui aime tant Germinal de Zola et s’émeut aux tirades d’Enjolras dans Les Misérablesde Victor Hugo… Des menées fascistes du 6 Février 1934 contre « La Gueuse » (la République) à « L’Embellie » du Front Populaire. Que voile déjà l’ombre de la guerre d’Espagne…

 

Michel Boissard

 

Gens de la Cévenne, J.P. Chabrol, Omnibus, 2011, 28,50 euros

 

Publié dans articles La Gazette

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