PIERRE BOST, L’IMPATIENCE ET LA REVOLTE

Publié le par Michel Boissard

                                            

 

Si vous avez vu « Douce » (1943), le film de Claude Autant-Lara, peut-être vous souvenez-vous du voeu que la vieille comtesse de Bonafé (Marguerite Moréno hypocrite à souhait) adresse à la famille pauvre qu’elle visite : « Je vous souhaite la patience et la résignation. » Et de sa traduction formulée en off par Fabien - le régisseur de l’aristocrate (Roger Pigaut plus prolétaire que nature)  : « Je vous souhaite l’impatience et la révolte. » Ce dialogue est né sous la plume du scénariste Pierre Bost (1901-1975).  Originaire de Lasalle, en Cévennes,  fils de pasteur protestant, Bost est d’abord romancier.   « Un peintre de l’âme » dira de lui Mauriac. Prix Interallié 1931 pour « Le Scandale », son ultime opus « Monsieur Ladmiral va bientôt mourir » (1945, rééd. 2004) sera adapté à l’écran par Bertrand Tavernier sous le titre « Un dimanche à la campagne » (1984). « Le Dilettante » republie le journal d’une année de captivité de l’écrivain (1940-1941). Qui pourrait précisément s’intituler « Impatience et Révolte ». Moins le témoignage d’un prisonnier de stalag  - « il n’arrive jamais rien à un captif, et ce qu’il vit n’a guère d’intérêt »…  Qu’une méditation « « en dehors et à côté de l’événement » sur notre humaine condition. Non le récit d’un  « prisonnier-écrivain » mais celui d’un « écrivain-prisonnier ». Eprouvant la hantise de l’enfermement. Pierre Bost, en effet,  va demeurer « Un an dans un tiroir » - le titre qu’il donne à son livre…  Le tiroir étant une couchette en châlit de 1,81 m de long, 70 cm de large et 63 cm de haut -  une alvéole superposée à d’autres identiques alvéoles de ses compagnons du Stalag I-A. Tristesse, silence, abrutissement. Culpabilité au sujet de la défaite : le discours de Pétain hante les esprits… Confusion entre l’espérance et la foi. « Aux jours de découragement, on tient des propos désespérés pour qu’on les contredise… » Une épreuve destructrice : « …la misère ne sert à rien ; le sordide n’est que sordide. » « Bruits » du camp – les rumeurs de  libération…  Rêves de captivité – le souvenir perdu d’un vieux camarade de classe… Privations à quoi l’on s’habitue  ( ?) – de la nourriture au sexe… Passage de la mince frontière entre raison et folie… Présence et absence de Dieu : il y a là comme un superbe écho de Dostoievski !

 

                                                                                                                                                        Michel Boissard

 

Un an dans un  tiroir, P. Bost, Le Dilettante, 2010, 14 euros

Publié dans articles La Gazette

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