PLUS OU MOINS HOMME

Publié le par Michel Boissard

 

                          

 

Il y a  exactement quarante ans, le Théâtre Populaire du Midi, installé à Nîmes et dirigé par le comédien Bernard Gauthier, créait « Le Fer et le Velours », une pièce de Vercors (1902-1991), tirée d’une de ses nouvelles « Le Démenti » (rééd. Omnibus, 2002).  Dont le protagoniste, Arnaud, désintéressé de toute vie sociale, a pour devise : « Sans espoir de rien, voguer la vie ». Pris dans la tourmente de la Résistance, il devient malgré lui héros et martyr. Répudiant son instinct animal de conservation, il retrouve sa qualité d’homme par le refus et la rébellion. A cet humanisme engagé fait écho l’inspiration du « Commandant du Prométhée », l’ultime récit quasi inédit de l’auteur du « Silence de la mer », heureusement republié. Alcide Le Gouadec, capitaine au long-cours, embarque sur « Le Prométhée », un magnifique et énigmatique navire. Qui n’a ni destination précise, ni équipage visible. La dunette du commandant est totalement isolée de l’intérieur du bâtiment. Celui-ci  est  guidé par ordinateur, et ne correspond avec de mystérieux armateurs  que par le truchement de leur représentant à bord – le subrécargue, au bon sens de Sganarelle valet de Dom Juan… Lorsqu’éclate une mutinerie, Le Gouadec est impuissant à la juguler. Il ne peut communiquer avec les révoltés. Le bateau coulera, corps et biens. Moralité : chacun se fait, selon le moment, plus ou moins homme. Solitaire et solidaire ont de communes racines. Malraux a raison : « Il est difficile d’être un homme. Mais pas plus de le devenir en approfondissant sa communion qu’en cultivant sa différence. »

 

                                                                                                                                                     Michel Boissard

 

Le Commandant du Prométhée, Vercors, Portaparole, 2009, 14,50 euros

Publié dans articles La Gazette

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Saint-songe 12/12/2009 15:13


Ce "devenir"-là est tout un "métier" ; déjà l'illustrissime XVIIème en faisait des "honnêtes", idéal mondain contre les vulgaires penchants !..