PORTRAIT D’UNE MECONNUE

Publié le par Biblinimes

 

http://www.laprocure.com/cache/imagettes_mini/9782350212302.jpgSous le cliché, le portrait.  Maintes fois reproduite la photo de groupe du Nouveau Roman dans les années 1960. Longue silhouette de gabardine beige et cheveux courts, la voici entre deux futurs Nobel : le  salséen Claude Simon et l’irlandais d’expression française Samuel Beckett.  Nathalie Sarraute (1900-1999) à hauteur de femme.   Telle que nous la restitue la romancière biterroise Michèle Gazier. Une « petite dame bondissante sur son canapé qui invite à (se) détendre » la critique littéraire de Télérama. Venue  interviewer l’étrange auteur du « Planétarium » (1959). « Cette histoire d’une femme qui se lève la nuit pour vérifier si les poignées de porte de son appartement sont en harmonie avec les rideaux qu’elle a choisis. »   L’écrivaine,  native d’Ivanovo, non loin de Moscou, exilée familiale en France. Qui fait ses études à Oxford et Berlin, devient avocate à Paris. Découvre la littérature et veut révéler « le non-dit, le non-avoué, la sous-conversation ». Et de « Tropismes » (1939) à « Ouvrez » (1997) entend libérer « les mots enfermés derrière une cloison, qui veulent sortir, monter jusqu’à la conscience, vibrer dans les cordes vocales ». Celle dont la cinéaste Agnès Varda compare le visage, ridé à force de rire, à celui d’un vieil Apache. Fidèle envers et contre tout à Jean-Paul Sartre qui préfaça « Portrait d’un inconnu » (1947). S’interrogeant, à quatre-vingt dix ans sonnés, sur sa dilection obsessionnelle et noctambule pour la vodka… Alcoolisme de vieillard ? Allons donc ! « Je mange aussi du saucisson ! »

 

                                                                                                                                                                        Michel Boissard

 

Nathalie Sarraute, l’après-midi, M. Gazier, Naïve, 2010, 8 euros

Publié dans articles La Gazette

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