QUAND ATHENES DEVIENT BABYLONE

Publié le par Biblinimes

 

 

 

 

A la classique opposition entre Athènes - l' ordre et l'harmonie, et Babylone - la corruption et la décadence, fait écho ce récit du dérangeant romancier grec Christos Chryssopoulos (La Destruction du Parthénon,2012 ;La Gazette,N°672). L'admirable colline attique, d'où Renan célébrait l'humanisme occidental, est désormais pulvérisée par la quintessence du capitalisme financier. Athènes devient Babylone sous les injonctions de Madame Merkel. Peuple grec, Peuple-roi, Peuple désespéréécrivait naguère Eluard... Cette ville-fantôme, Ch.Chryssopoulos, quittant sa table de travail, décide de la revisiter « un soir humide de décembre » 2011. Pour y déambuler, dans l' « obscurité » voulue par les autorités retardant l'allumage des réverbères. Au milieu des cris inarticulés d'une femme métisse en quête hypothétique d'une « Eva ! Eva ! » identifiée ou perdue. Butant contre une forme humaine recroquevillée  sur le trottoir, tel « un escargot géant ». D'où émane « une douceur résignée ». Et y rencontrer partout les mêmes êtres déjantés et les mêmes événements absurdes. Car « la topologie de la métropole est caractérisée par la dispersion ». Tout peut survenir « du lieu le plus insigne au lieu le plus marginal ». Alternance de choses vues, de réflexions sur l'urbanité de la ville, de dialogues - vrais ou imaginaires ? - avec A., le plombier SDF, dont les confessions laconiques expriment la singularité de la crise à son paroxysme : « On dirait que la ville s'est retournée sur elle-même. » Que le privé est « livré en pâture au beau milieu de la rue, au vu et au su de tous ». A la manière de ces deux jeunes gens dont l'étreinte exposée au public dit qu'ici « la souffrance a pris la place de la sensualité ». Car Athéna a les yeux bandés. « Nous sommes encore dans le noir ».

Michel Boissard

Une lampe entre les dents, Ch. Chryssopoulos, Actes Sud, 2013,16,80 euros

 

Publié dans articles La Gazette

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