QUAND LA CEVENNE S’EMBRASAIT

Publié le par Biblinimes

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René Barral (1938) a rencontré ceux que le félibre Pierre Dévoluy (1862-1932) appelait en lengo nostro « Lis Ausards «  - les Intrépides. Ces Camisards qui, entre 1702 et 1704, se rebellèrent au nom de leur Foi, interdite depuis la Révocation de l’Edit de Nantes (1685). D’Eugène Sue (Jean Cavalier ou les Fanatiques des Cévennes, 1846) à Jean-Pierre Chabrol (Les Fous de Dieu, 1961), la guerre des Cévennes irrigue un patrimoine littéraire constamment ressourcé. L’intérêt du roman que voici est de dérouler le parcours d’un jeune compagnon menuisier de Nîmes, Florian Delpuech. De souche réformée, il est happé par la guerre civile qui oppose « les compagnies bourgeoises » - auxiliaires de l’armée royale - aux « paysans, chevriers, rouliers, castreurs de porcs, laboureurs, cardeurs, gens des forges et des moulins », devenus « Enfants de Dieu » ou « Soldats de l’Eternel »… Quand notre héros - surnommé Fleurette, bon buveur et joyeux luron - apprend l’exécution de son père et l’incarcération de sa mère, tous deux fervents huguenots, il regagne Ganges, le havre familial. Eclairée par les hautes figures de Rolland - « la pierre rollante » -, de Ravanel, Catinat et Cavalier, traversée par les manifestations troublantes du Prophétisme, jalonnée de combats dignes des guérillas contemporaines, cette histoire pleine de bruit et de fureur, à l’instar de « La Cévenne embrasée » (1922) - plus haut citée - se veut enfin éloge de la tolérance : « Dans un camp comme dans l’autre, nous rencontrons nos anciens, fils de la terre-mère… »

 

Michel Boissard

 

La Colère des Drailles, R. Barral, De Borée, 2010, 19 euros

Publié dans articles La Gazette

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