Quand la vigne était militante

Publié le par Biblinimes

 


 

 

Né d’une famille suisse, tôt fixée à Nîmes, mélange original de némausais et de cévenol, Raoul Stephan (1889-1965) n’est pas seulement l’auteur d’une remarquable Histoire du Protestantisme français, Le temps et les destins(1961). C’est un romancier à réévaluer (L’Homme-Chien, 1924) et à redécouvrir. On se réjouira donc de la réédition de « Bécagrun », le roman de la « vigne militante » paru initialement en 1935 chez Albin Michel. Salué par quelques pages élogieuses de Marcel Arland dans la N.R.F de mars 1936… Voici l’histoire de César Belline, enfant trouvé. Recueilli par la bonne et croyante Igounette, il est élevé à Saint-Dionise (Saint-Dionisy). Devenu berger sous le nom de Bécagrun (étymologiquement, qui grapille et picore les grains), puis vigneron par mariage avec la belle Marcelline Amphoux. En composant ce récit « parti du réel », Raoul Stephan esquisse « les Géorgiques de (sa), contrée » - « le creux de la Vaunage ». La Petite Canaan « où l’âme s’emparadise »… Après avoir écrit celles du pays des châtaigniers (Monestié le Huguenot,1926). Virgilien, il l’est, en effet, dans un style solaire et chaleureux. Décrivant avec un souci d’ethnographe l’agriculture pastorale : la pâture desbédigas, le chien briard qui veille sur les brebis, la confection de simples objets en buis, la montée vers les estives…Mais c’est la vigne et le vin qui dominent la fiction. De la « conversion » de César - d’abord, gendre de viticulteur, puis propriétaire exploitant - au « triomphe » de la vigne, on emprunte l’itinéraire contrasté - souffrant et militant – d’un peuple de paysans qui « rouges ou blancs communient en Dyonisos ». Vivant symbole d’une Passion dont Bécagrun est le prophète christique…

 

Michel Boissard

 

Bécagrun, R. Stephan, rééd. Les Amis de Bécagrun, Saint-Dionisy, 2010, 19 euros 

 

 

 

 

 

Publié dans articles La Gazette

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