REDECOUVRIR (A VELO) L’IDENTITE DE LA FRANCE

Publié le par Biblinimes

 

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      Une histoire buissonnière de la France, Graham Robb, Flammarion, 2011, 575 pages, 24 euros

 

 

Voici juste un quart de siècle que l’historien Fernand Braudel (1902-1985)  soulignait l’importance des dépôts sédimentaires de « l’interminable passé » dans l’appréhension de l’identité nationale, elle-même résultat d’un « résidu,  d’un amalgame,  d’additions et de mélanges » (L’Identité de la France, Arthaud-Flammarion, 1986). Venant à sa rencontre, après un voyage à vélo de 22500 kilomètres - l’enquête in situ,  et un labeur  de quatre ans en bibliothèque, l’historien britannique Graham Robb, spécialiste de Balzac et de Baudelaire, installe délibérément la longue durée dans une approche à la fois historique et ethnologique des « paysages » français qu’il inventorie et explore, entre la mort de Louis XIV (1715) et l’assassinat de Jean Jaurès (31 juillet 1914). Paysages entendus au sens de sites et de moments, d’habitus des populations et de traditions culturelles communes.  Marqués par une exceptionnelle diversité et un sens aigu du contraste qui permettent de « montrer un pays où les trains de mule cohabitaient avec les trains du chemin de fer », « où les sorcières et les explorateurs faisaient florès à l’époque où Gustave Eiffel métamorphosait le profil de Paris »…  La mise en évidence de cette pluralité  -  G.Robb fait un détour utile par l’époque pré-romaine, ce qui réhabiliterait l’expression lavissienne convenue de « Nos ancêtres les Gaulois - invite à revisiter la « mosaique de tribus et de clans »  qu’est la France d’ancien-régime. Mille pays, et donc mille frontières, fondent selon le mot archiconnu de Mirabeau « un agrégat inconstitué de peuples désunis ». Quand on sait qu’avant la Révolution française, il n’existe pas moins de 55 dialectes pour communiquer à côté du « français » proclamé par l’Ordonnance de Villers-Cotteret (1539), on comprend mieux le mot si juste de l’écrivain cévenol André Chamson (1900-1983) à qui sa grand-mère parlait en patois : « La langue, c’est le dialectal devenu chef d’oeuvre. » L’unification que produisent sur le moyen et le long terme ces dix ans qui changèrent la France - 1789/1799 - est  comparable à une reconquête.  Peut-on sans anachronisme, comme le fait Graham Robb, la qualifier de « colonisation » ? Le linguiste occitan Robert Lafont dénonçait, pour sa part, dans les années 1960 un « colonialisme intérieur »… En tout cas, reconquête politique (la centralisation), urbaine (mouvements migratoires des campagnes et modernisation des anciennes cités), industrielle (les terroirs évoquent une géographie productive que la crise n’a pas effacé de la mémoire collective). Cette promenade « buissonnière »  dans la France d’hier a le mérite et le charme d’entrelacer « la description d’un monde permanent et d’un monde en permanente mutation ».

 

                                                            Michel Boissard,

                                                                                                Historien.

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