Rire au nez des bourgeois

Publié le par Biblinimes

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Léon Daudet (1867-1942) a tort. Fils du nîmois Alphonse (1840-1897), il professait que le XIXème siècle français était franchement stupide. Avait-il oublié que ce dernier – grâce aux Zutiques, Hydropathes, Fumistes et autres Hirsutes - inventa l’humour ? Dont son père, accointé à Paul Arène (1848-1996) - le méridional auteur de « Jean-des-Figues » - fut un des irrévérencieux fleurons ! Signant une parodie des poètes du Parnasse à faire rougir José-Maria de Hérédia : « C’est le Milieu, la Fin et le Commencement, / Trois et pourtant Zéro, Néant et pourtant Nombre, / Obscur puisqu’il est clair et clair puisqu’il est sombre/ C’est Lui la Certitude et Lui l’Effarement. »Ignorait-il que son cadet André Gide (1869-1951), né de père uzétien et de mère normande, fît avec « Le Prométhée mal enchaîné » (1925) une subtile caricature du mythe grec ? Notre héros n’est plus amarré à son rocher, mais attablé au café d’un grand boulevard parisien. Son banquier s’appelle Zeus. Et il possède un aigle personnel. Qu’il nourrit, non de son foie mais avec ses remords… Cependant, le royaliste Léon Daudet devait savourer le « Catéchisme laic » de l’anarchiste Georges Darien (1862-1921) : « - Qu’est-ce que la France ? – C’est un pays libre. – Pourquoi est-elle libre ? – Parce qu’elle est en république. – Comment le savez-vous ? – Parce que c’est écrit sur les feuilles d’impôts. ». Sourire à l’ironie dévastatrice de l’audois Charles Cros (1842-1888) : « Proclamons les princip’s de l’art ! / Que personn’ ne bouge ! / La terr’ glais’, c’est comme le homard ; / Quand c’est cuit, c’est rouge. »Frémir à l’ elliptique humour noir de Félix Fénéon (1861-1944) - dont Jean Paulhan affectionnait les « Nouvelles en trois lignes » : « L’Institut antirabique de Lyon avait guéri Melle Lobrichon, ; mais comme le chien était enragé, elle est morte tout de même. »

 

Michel Boissard

 

Fumisteries, Naissance de l’humour moderne 1870-1914, Omnibus, 2011, 29 euros

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Publié dans articles La Gazette

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