SUR LES GENOUX DES DIEUX…

Publié le par Michel Boissard

                                                            

 

Le mythe est tragique, les héros inoubliables, l’issue fatale. Assis sur les genoux des Dieux, jouant leurs destinées au bilboquet, voici Oedipe et Jocaste, le roi et la reine de Thèbes, en Béotie. Ces deux là, pour dire comme dans une pièce de Jean Anouilh, ils s’aiment. Vingt ans auparavant,  le jeune Œdipe, enfant abandonné à la naissance, a libéré la ville de l’emprise terrorisante du Sphinx. Souvenez-vous : quel est l’animal qui marche à quatre pattes le matin, sur deux pattes à midi, et sur trois, le soir ?  L’Homme, bien sûr, était le fin mot de l’énigme. Pour récompenser le vainqueur, on lui offre la main de Jocaste. Veuve du roi de Thèbes, Laios, tué par un passant sur une route.  Même relativement âgée, quel superbe parti pour un étranger, volontairement exilé de sa patrie d’adoption Corinthe… Parce que les Dieux lui ont révélé qu’il tuerait son père et épouserait sa mère ! Œdipe et Jocaste auront ensemble quatre enfants. Qui feront parler d’eux : Antigone,  les frères ennemis Eteocle et Polynice, Ismène… Cocteau a raison de dire que cette histoire est une véritable machine infernale. Car Thèbes, la ville aux cent portes, aurait tout pour être une cité heureuse. Si la peste ne s’y était mis. A cause d’un double crime impuni de parricide suivi d’inceste. On sait la suite : Œdipe a tué son père - Laios - sans le savoir, et sans le savoir épousé sa génitrice - Jocaste ! Pour se punir, il se crèvera les yeux. Ce qu’il ne veut pas voir, Jocaste, avant que de se pendre, va le démonter, le disséquer, l’analyser dirait notre bon vieux Freud… Cette femme, muette dés la tragédie de Sophocle, voici que par la grâce de cette belle pièce de Nancy Huston, elle parle. En reine malheureuse et en femme dominée. Pour toutes les femmes silencieuses de l’Histoire.

 

                                                                                                                                            Michel Boissard

 

Jocaste reine, N. Huston, Actes Sud, 2009, 12 euros -  Représentations du 15 au 18 décembre 2009 au Domaine d’O, à Montpellier.

Publié dans articles La Gazette

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