UN ETE (19) 40 VU PAR STENDHAL

Publié le par Biblinimes

 

 

 

 

Sans doute, l'éditrice Claire Paulhan accomplit-elle ici le voeu que son grand-père, l'écrivain et critique nîmois Jean Paulhan (1884-1968), n' a pu, quoiqu'il en ait, exaucer en son temps. Publier l'un des plus précieux témoignages suscités par l'Exode de l'été 1940. Ce récit, d'une grande sobriété d'écriture, est tissé des petits faits vrais chers à Stendhal. Voici également un document historique de toute première main. La vision à chaud d'un véritable précipité chimique de fuite, de peur, d'épreuves physiques, de détresse morale comme de solidarité, inédit dans nos annales nationales. Devant l'avancée brutale et irrésistible de la Wehrmacht, sous les piqués des Stukas, l'errance panique de millions d'hommes, de femmes, d'enfants et de vieillards, traînant après eux de maigres biens embarqués sur d'hétéroclites véhicules : qui a oublié les images de « Jeux interdits », le film de René Clément ? Ce « roman » au réalisme saisissant, on le doit à Marguerite Bloch (1884-1975). Moins connue pour cette seule oeuvre, que pour être la fille de drapiers juifs d'origine alsacienne, installés à Elbeuf, ayant choisi la France en 1871. La soeur du romancier et biographe André Maurois (Emile Herzog). L'épouse de l'écrivain et journaliste communisteJean-Richard Bloch (1884-1947). La mère de France Bloch-Sérazin, héroïne de la Résistance, décapitée à la hache par les nazis à Hambourg... Prenant la plume, pour une fois en son nom propre, « Maguitte » Bloch raconte, avec la distance frémissante d'une rationaliste confirmée, l'odyssée qui la mène notamment avec l'une de ses filles enceintes, le peintre flamand Frans Maaserel et une réfugiée allemande, de Paris à Poitiers, en dix sept jours... Voitures sans essence, trains bombardés, marches forcées sur des routes et chemins encombrés... Médiocrité et chaleur humaine dans la France profonde. Courage collectif malgré un net sentiment d'abandon. Un climat shakespearien si bien traduit plus tard par Aragon : « Ma patrie, c'est la faim, la misère et l'amour. 

 

 Michel Boissard

 

Sur les routes avec le peuple de France, M. Bloch, Claire Paulhan, 2010, 24 euros

 

 

Publié dans articles La Gazette

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