UN GRAND CIMETIERE SOUS LA LUNE

Publié le par Biblinimes

 

http://multimedia.fnac.com/multimedia/FR/images_produits/FR/Fnac.com/Grandes110/1/8/4/9782812602481.gif                                                


Le roman d’Antoine Choplin invite aux références.  On pense au  Bernanos des « Grands cimetières sous la lune » (1938) : « D’amitié ou de colère, qu’importe ! J’ai juré de vous émouvoir. »  Au journaliste de combat François Mauriac : « Entre tous les peuples assassinés, le Basque seul partage avec son Maître le privilège d’être insulté sur la croix. » (15 Juin 1938) Mais la voix humaniste de l’auteur, de même que  son écriture en versets cursifs sont uniques. « Le héron de Guernica » est le récit sobre et retenu – infiniment tragique – d’un moment de la guerre civile d’Espagne (1936-1939). 26 avril 1937. Le bombardement par les nazis de la Légion Condor de Guernica, petite ville basque. Génétiquement éprise de liberté. Résistant aux troupes nationalistes de Franco. Au nom de sa foi chrétienne. Il y a, ici, des pages inoubliables. La destruction de l’usine où travaille Célestina, l’amoureuse du héros Basilio : « Le nuage d’oiseaux acier laminant les nues / Pointant l’index vers nos maisons et vers nos âmes ». La scène - littéralement cinématographique - d’une bicyclette, abandonnée, roues en l’air, au milieu d’une place déserte. Tandis que vrombissent les Heinkel meurtriers dans le ciel d’un bleu éperdu de Guernica… Et ces « taurillons en feu » dévalant, fous de douleur, les rues en ruines. Voici également l’histoire de la journée  (extra) ordinaire d’un jeune paysan. Artiste amateur, Basilio va au marché vendre un cochon et des haricots. Avant que de retourner vers les marais peindre passionnément… un héron cendré ! Dont il veut saisir l’élan vital sous l’apparence hiératique. Poussé, au lendemain du drame, par son ami le curé Don Eusébio, à témoigner, photos à l’appui, de ce qu’il a vécu, il se rend à  l’Exposition universelle,  à Paris. Qui le met en la  présence bouleversante du monumental « Guernica » de Picasso…  « Ce qui se voit ne compte pas plus que ce qui reste invisible, que ce qui pourrait apparaître ou qui se tient en attente… »

 

                                                                                                              Michel Boissard

 

Le héron de Guernica, A.Choplin, Le Rouergue, 2011, 16 euros

Publié dans articles La Gazette

Commenter cet article