UN MAÎTRE DU ROMAN DE CARACTERE

Publié le par Biblinimes

Le monstre, et autres nouvelles, Gaston Chérau, l'Arbre vengeur, Collection L'Alambic, 9782916141787

 

 

Une brute. Le père Massé est une brute véritable. Un paysan. Berrichon. Comme son démiurge, le romancier Gaston Chérau (1872-1937) - l’un des membres fondateurs de l’Académie Goncourt. Patron de la ferme du Chebroux, il est âpre au travail et au sexe. Seigneur - avec droit de cuissage - de toutes ses servantes. Sitôt « grosses », sitôt renvoyées par Mame Massé… Qui veille au grain, à tous les sens du mot. Quand leur propre fille, Hortense, se trouve enceinte des œuvres de son père, voilà que « La Bourgeoise » sollicite le curé puis le rebouteux pour « faire passer » les fruits du délit. François naîtra tout de même. Un monstre. Non pas au physique. Mais un monstre « moral »… C’est « l’Fi ». Fort comme un turc. Taciturne. Impressionnant parentèle et voisins. Fou de sa mère. A tel point qu’elle se donne à lui… Une histoire de « Pésans « . Qui a des accents de Maupassant. Mais sans le style ductile de ce dernier. Un récit que l’on chuchote. Comme une nouvelle incroyable. Un secret de confessionnal. Car, chez ces gens-là, la réputation, vous savez… A ce « roman du terroir » qu’il réédite heureusement, l’éditeur girondin « L’Arbre vengeur » joint quelques pépites de méchanceté. Ainsi « Les Vieilles » : la terrible Constance aura la peau de son amie intime Adelina, laquelle l’avait écartée de la maîtrise de sa ferme, en l’expédiant à l’hospice. Ou bien « Les Frères » : Pierre et Firmin Dorigny passent leur temps à se détester… Et tant à vouloir s’exterminer mutuellement, le Bas-Coulay, leur propriété, sera livrée « aux chats-huants et aux lapins de garenne »… De Gaston Chérau, dont Apollinaire disait qu’il était « un maître du roman de caractère », lisez enfin « Confession ». Un curé privé du plaisir de la chasse en raison de la foi envahissante et insistante de ses ouailles. Du pur Alphonse Daudet !

 

Michel Boissard

 

Le monstre, G.Chérau, L’Arbre vengeur, 2011, 12 euros

 

 

 

Publié dans articles La Gazette

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