UN MARCEL AYME DE GAUCHE

Publié le par Biblinimes

 


 

 

Jean Paulhan aurait certainement apprécié en Pierre Autin-Grenier (1949), lyonnais de naissance et vauclusien d’adoption, auteur  de « Toute une vie ratée » (1997) et de « Friterie-Bar Brunetti » (2005), un maître de la « forme brève » - ou de l’écriture de fragments. A la manière de Félix Fénéon (1861-1944), inventeur des « nouvelles en trois lignes » qui érigent le fait-divers en genre littéraire. « C’est tous les jours comme ça », que nous procure l’éditeur bordelais Finitude, confirme ce talent sur un mode subversif, faisant d’Autin-Grenier une sorte de Marcel Aymé de gauche.  En quarante- sept nouvelles, au découpage de séquences cinématographiques, voici les carnets intimes d’un certain Anthelme Bonnard. Tressés de petits riens et parsemés d’humour noir. A quoi il suffit d’ajouter une goutte de démesure pour verser dans l’inspiration anti-totalitaire de Georges Orwell (1903-1950), ou dans la science-fiction politique d’Aldous Huxley (1894-1963).  C’est bien Le meilleur des mondes, celui où « L’hymne au travail » est en permanence diffusé dans les grands magasins. Celui où « Le Candidat » s’impose à domicile pour vous convaincre - à  grands coups de gueule  - de la pertinence de sa profession de foi. A moins que l’univers glacé, cynique et monolithique de 1984 ne soit de retour grâce à la généralisation hebdomadaire des infarctus du myocarde, l’exécution planifiée de 70 % des personnes nommées Martin, l’assassinat de tous les nains… Et que Big Brother n’ait triomphé ! Car,  « lire peut entraîner des lésions cérébrales graves »… Anthelme Bonnard s’interroge en nous questionnant : « S’évader en rêve, la nuit, va-t-il devenir la seule échappatoire à ce cauchemar, ou allons-nous enfin nous réveiller et passer à l’action ? » 

 

                                                                                                                                                        Michel Boissard

 

C’est tous les jours comme ça, P. Autin-Grenier, Finitude, 2010, 15 euros

 

Publié dans articles La Gazette

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