UN PETIT BONHEUR DE KATHARINE HEPBURN

Publié le par Biblinimes

 

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Quelque part dans son nouveau roman, Anne Bragance compare la  silhouette de la protagoniste principale - Pénèle Itakis - à celle de l’actrice américaine Katharine Hepburn… Non la partenaire bondissante de Cary Grant dans « L’Impossible Monsieur Bébé » (1933). Mais la vieille dame, plate et rigide, qui donne la réplique à Henry Fonda dans « La Maison du Lac » (1981). Documentaliste retraitée, célibataire confirmée, Pénèle (diminutif « improbable » du superbe prénom Pénélope) vit au sixième étage d’un immeuble d’une petite ville racornie de la Drôme provençale. Pour jamais, elle demeure orpheline d’un couple de trapézistes qui, elle avait juste quatre ans, s’écrasa sur la piste du cirque où  se produisaient ses parents… Exception faite de trois courses à la supérette du coin et d’une quinzaine vacancière passée régulièrement à Honfleur, Mme Itakis s’offre le petit bonheur d’ « espionner » le nouveau voisin qui vient d’aménager dans la résidence d’en face. Ce Grégoire Hamelin est une sorte de « gros poussah ». Jeune, solitaire,  pas très attirant. Vautré dans un énorme fauteuil en cuir posé devant quatre écrans plats de télévision. Où, tout en grignotant et sirotant constamment, il projette jour et nuit les DVD de séries américaines des années 1990 qui firent la gloire de TF1- « Melrose Place » et « Les Feux de l’amour »… Pénèle va s’attacher avec l’intelligence et la ruse opiniâtres d’un « privé » à imaginer les raisons de cette existence close. Et à construire fictivement une autre vie pour celui qu’elle nomme in petto « mon petit, mon enfant »… Ici se noue la tragédie.  Fénelon (1651-1715), théologien mais aussi écrivain, l’observait : au courage du Bien font écho les audaces du Mal…

 

                                                                                                                      Michel Boissard

 

 

Solitudes, A.Bragance, Presses de la Cité, 17 euros

 

Publié dans articles La Gazette

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