UN ROMAN « WELL TIMED » D'ANDRE GARDIES

Publié le par Biblinimes

 

 

Sur ce récit, plein d'authenticité, d'André Gardies, le lecteur avisé apposera volontiers le qualificatif favori de Gide : un romanwell timed. Un roman qui vient à temps. A l'ère de l'urbanisation généralisée, le très nîmois auteur de « Derrière les ponts » (Climats, 2000) revisite la littérature en « velours côtelé ». Nourrie des caractères, des valeurs et des paysages des Cévennes. Point, ici, de révérence au décor et aux apparences. Au folklore régionaliste du « tutu panpan ». Pas de côté vraies richesses en perdition. De déploration du type c'était-mieux-avant. Ni de réquisitoire envers un tourisme ravageur. Mais une plongée dans la vie d'Albert Thérond. Du hameau de Beauregard, commune de Pont d'Arpan, Lozère. Un ancien mineur-paysan. Véritable amant de la terre. Qui guigne la maison et la propriété de son voisin - et meilleur ennemi - « ce closcard de Rouveyre ». Lequel, bien sûr, les vendra à des « étrangers ». Des intrus. Albert en aura « l'âme transpercée à coups de couteau ». D'autant que les nouveaux venus - un ingénieur EDF de Florac, une institutrice en congé parental, et leurs deux enfants, arrivent tout bonnement...d'Alès ! Et sont des « basanés, noirs presque ! » Défilent alors les mots qui discriminent : bananias, bamboulas, doryphores, freluquets de la ville... Puis les amalgames douteux. Références à l'expérience vécue (?) ou qu'on a « entendu dire » (!), dans les HLM, à Bessèges : « Quand arrivait l'Aïd, leur fête du mouton, tu entendais des bêlements partout (…) pendant deux jours ça puait la cuisine grasse... » Que cette histoire d'aujourd'hui s'achève par une tragédie ordinaire, fait ressortir l'originalité corrosive - et bienvenue - de la thématique d'André Gardies. Les Cévennes à l'heure « Bleu Marine »...

Michel Boissard

Le vieux Cévenol et l'enfant, A.Gardies, Rouergue, 2013, 18 euros

 

Publié dans articles La Gazette

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