UN SEIGNEUR DES LETTRES

Publié le par Biblinimes

 

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« Buste sur pattes » selon Céline ou « seigneur des lettres » à en croire Gide ?  Quarante ans après le suicide de Montherlant (1896-1972), l’auteur de « La Reine morte » (1942) s’est-il définitivement éloigné dans le paysage littéraire, ainsi qu’il le pensait lui-même de Barrès, en 1925 ? A l’invitation de l’essayiste montpelliérain Christian Dedet, une phalange d’écrivains et de gens de théâtre remet en perspective  une œuvre que Malraux jugeait « liée à la tradition cornélienne de la France ». Réévaluons ce que l’on qualifie (trop vite) de « poses » chez cet « aigle à deux têtes », comme le surnommait Cocteau. Naissance dans la noblesse catalane. Etudes à Neuilly : il est condisciple d’Aragon. Soldat à Verdun (Le Songe, 1922). Voyageur des deux rives de la Méditerranée (La Petite Infante de Castille, 1929). Torero  passionné  - pas de salon (Les Bestiaires, 1926). Anticolonialiste de vocation (La Rose de Sable, 1932-1968). Misogyne militant en solo (Les Célibataires, 1934) puis en trilogie romanesque (Les Jeunes Filles, 1936-39). Anti-munichois d’avant-guerre (L’Equinoxe de Septembre, 1938). Cultivant l’équivoque sous l’Occupation (Le Solstice de Juin, 1941). De genre affecté Comédie et Académie françaises. Mais exceptionnel dramaturge (Le Maître de Santiago, 1947 ; Port-Royal, 1954 ; Le Cardinal d’Espagne, 1960). Une face d’ombre inavouable-inavoué : l’amour des « Garçons » (1929-1969). Romancier du monde cruel avec le somptueux « Le Chaos et la Nuit » (1963). Un vieil anarchiste espagnol, Célestino Marcilla, exilé républicain de la guerre civile, meurt à la manière d’un taureau de combat dans l’arène d’une vie, ici donquichottesque, là, surréaliste… Héroisme et hédonisme. Montherlant appelait cela : syncrétisme et alternance. Ch. Dedet salue en lui un imprécateur annonçant « la venue des temps infâmes et l’ère du Veau d’or ».

                                    Michel Boissard

 

Montherlant aujourd’hui, s/d Ch. Dedet, Les Editions de Paris-Max Chaleil, 2012, 18 euros

Publié dans articles La Gazette

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