« UN SUJET MERVEILLEUSEMENT DIVERS ET ONDOYANT »

Publié le par Biblinimes

 

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Voici le premier tome d’une grande biographie d’André Gide (1869-1951). Dans l’esprit de Montaigne « dont fut l’émule » l’auteur de « L’Immoraliste » (1902) et le mémorialiste de « Si le grain ne meurt » (1926). Exemple même de ce « sujet merveilleusement divers et ondoyant » qu’on appelle l’homme. Ambivalent comme Proust, Gide a son « côté de Guermantes » et son « côté de Méséglise ». Il apostrophe Barrès : « Né d’un père uzétien et d’une mère normande, où voulez-vous que je m’enracine ? » Cévennes huguenotes et Normandie catholique, il baigne avant tout dans le climat mental « de la Réforme protestante, tour à tour assumée, subie et rejetée ». Plus tard, fasciné et défiant devant cette Eglise totalitaire, le communisme stalinien, il demeure l’individualiste qui pratique un « hédonisme militant ». Exaltant le « souci de soi » au travers d’un éloge de la sexualité réputée « déviante ». « Corydon » (1911) s’accorde au « Retour de l’URSS » (1936) Protestant et pédéraste - deux fois minoritaire, et compagnon de route du PC, il est l’Inquiéteurpar excellence. Celui qui trouble et dérange les gens bien. Et propage le doute. Enfant, tôt orphelin de père, éduqué par une mère étroitement calviniste, renvoyé de l’Ecole Alsacienne pour « mauvaises habitudes », il s’émeut : « Je ne suis pas pareil aux autres ! » Mais il fait de sa différence le terreau de son génie littéraire : « Ne t’attache en toi qu’à ce que tu sens, et crée de toi, impatiemment ou patiemment, ah ! le plus irremplaçable des êtres. » (Les Nourritures terrestres, 1897) Ce mélange du diabolique Protos et de l’idéaliste Lafcadio - deux personnages qu’il imagine pour « Les Caves du Vatican » (1914) - adopte avant la lettre la formule de Sartre : « Si la littérature n’est pas tout, elle ne vaut pas une heure de peine. »

 

Michel Boissard

 

André Gide l’Inquiéteur, tome I, F. Lestringant, Flammarion, 2011, 35 euros

 

Publié dans articles La Gazette

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