LA GUERRE DES TROIS…

Publié le par Michel Boissard

                                     LA GUERRE DES TROIS…

 

 

Parce que nous éprouvons ce que l’essayiste Thierry Fabre appelle le « sentiment de la Méditerranée »,nous sommes sensibles au « tragique solaire » - le mot est de Camus – qui surplombe le récit mythique de la guerre de Troie (1250 av. JC). Le recueil anthologique original conçu par Annie Collognat, qui paraît chez Omnibus, remplit une attente. Avec l’Iliade  et l’Odyssée, Homère grave dans le marbre la geste, tout ensemble héroïque et pillarde, des Achéens aux confins de l’Asie mineure. Mais ce sont les quatorze pièces composées par les Trois Grands de la tragédie grecque qui donnent à ce matériau épique la forme et la couleur du Destin. Eschyle, Sophocle, Euripide font de la guerre de Troie une guerre de héros. L’adultère à l’origine du conflit – la femme du roi de Sparte enlevée par le fils du roi de Troie – est pure convention dramaturgique à côté du duel opposant Achille, fils de Pélée, à Hector, fils de Priam.  Les dieux – anthropomorphiques – de l’Olympe descendraient-ils parmi les hommes si l’honneur n’était pas l’enjeu de cet affrontement ? Nos tragédiens mettent la guerre en scène. Au temps de Périclès et de Socrate (Vè s. av.JC) la fiction dramatique incorpore les valeurs qui structurent la cité. Qu’est-ce qui est juste, beau ou laid, bon ou mauvais ? Qu’est-ce qui est digne de l’homme ? La tragédie n’invite pas le spectateur d’Epidaure à s’identifier à l’acteur. Ni à substituer des chimères à la trivialité du quotidien. La tragédie est prise de conscience.  Euripide traduit le malheur d’ Hécube et d’Andromaque sous le titre générique des  Troyennes réduites en esclavage. La guerre est à la fois terreur et pitié pour tous les temps. Sartre, lorsqu’il adapte le texte grec en 1964, évoque sans anachronisme les mères, les filles, les femmes du Vietnam !  Enfin, voici l’interrogation majeure : pourquoi et pour qui se bat-on ?  Iphigénie, fille d’Agamemnon, est sacrifiée à quel dieu cruel, à quelle idole décrépite ? L’Histoire répond : à la  Barbarie !

 

                                                                                                  

                                                                                                        Michel Boissard

 

                       Mourir pour Troie, Eschyle, Sophocle, Euripide, Omnibus, 2007, 25,50 euros

 

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Publié dans articles La Gazette

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