RIRE CONTRE , RIRE AVEC…
RIRE CONTRE , RIRE AVEC…
Reprise le 17 janvier 2006 au Théâtre de Nîmes dans une mise en scène nouvelle de Jérôme Deschamps, cent cinquante ans après sa création sur la scène du Palais Royal, « L’Affaire de la rue de Lourcine » est l’une des cent soixante treize pièces de Labiche. Et l’un de ses chefs d’œuvres ! Avec « Boubouroche » de Courteline, « Ubu roi » de Jarry, « Madame Sans-Gêne » de Victorien Sardou, sans oublier les opus signés Feydeau, Flers et Caillavet, Tristan Bernard, Alphonse Allais, elle appartient au florilège du « Théâtre pour rire » qui, entre 1850 et 1914, invente le vaudeville. A découvrir (ou à relire) la percutante anthologie publiée chez Omnibus et présentée par Henry Gidel, on conclut que Marcel Pagnol s’est trompé. Dieu n’a pas « donné le rire aux hommes pour les consoler d’être intelligents » ( Le Schpountz ). Mais tout au contraire parce qu’ils le sont. Bergson l’a fort bien dit : « Pour produire tout son effet, le comique exige une anesthésie du cœur. Il s’adresse à l’intelligence pure. » C’était déjà le cas au siècle de Périclès dans l’Athènes d’Aristophane. A Epidaure, le public riait contre et riait avec. Au XIXè siècle, dans le Paris de la bourgeoisie conquérante et repue, le comique est volontiers satirique, grinçant, corrosif. La cupidité et la bêtise de Nonancourt, pépiniériste à Charentonneau, qui marie sa fille au rentier Fadinard (« Un chapeau de paille d’Italie »), sont germaines du cynisme et de la cruauté de l’hénaurme Ubu ! Mécanique et spasmodique chez Feydeau (« La main passe »), le rire est aussi tendre, moqueur, ironique chez Courteline, jubilatoire du côté de Flers et Caillavet (« L’âne de Buridan »). Et toujours le propre de l’homme.
Michel Boissard
Théâtre pour rire, de Labiche à Jarry, Omnibus, 2007, 27 euros