LE ROMANCERO DE LA LIBERTE
LE ROMANCERO DE LA LIBERTE
A l’automne 1936, mettant un point final à « Espagne, Espagne ! », l’essai qu’il consacre aux premières semaines de la guerre civile, l’écrivain Jean-Richard Bloch note : « L’heure est aux combattants, non aux historiens. » Soixante-dix ans plus tard, la guerre d’Espagne est-elle encore un objet historiquement chaud ? La mémoire des acteurs et des témoins – et par capillarité le discours de leurs descendants, permettent-ils une mise en perspective de l’évènement ? Publiés sous la direction de l’historien (longtemps nîmois) Roger Bourderon, les actes du Colloque organisé par les Amis des combattants en Espagne républicaine (ACER) en administrent la preuve. La passion et la sensibilité manifestées par les intervenants éclairent les enjeux d’un conflit matriciel de l’Europe du 20ème siècle. Trois champs traditionnels sont ainsi revisités. La guerre d’Espagne en tant qu’anticipation et lieu d’expérimentation de la deuxième guerre mondiale. Le théâtre de la solidarité antifasciste au travers des Brigades internationales. Et en retour la participation des républicains espagnols à la Résistance au nazisme. S’y ajoutent deux pistes originales. Le destin des républicains et des brigadistes après 1945. Des premiers, Bartolomé Benassar a montré la trajectoire, souvent tragique, dans l’Espagne franquiste consolidée par la Guerre froide. Des autres, le nom d’Arthur London, victime d’un procès stalinien dans la Tchécoslovaquie des années 1950, symbolise l’itinéraire tout shakespearien. Reste, enfin, la mémoire internationale de la guerre civile dans le temps. Pour en dire la prégnance et l’actualité, on est tenté de reprendre l’interpellation de la Pasionaria – Dolorès Ibarruri – aux Brigades internationales : « Vous êtes l’histoire, la légende, l’exemple héroïque de l’universalité de la démocratie ! »
Michel Boissard
La Guerre d’Espagne. L’histoire, les lendemains, la mémoire. S/d R. Bourderon, Tallandier, 2007, 29 euros.