ELOGE DU GENTILHOMME
ELOGE DU GENTILHOMME
C’est un homme du XVIIIè siècle. Il est né en Vivarais, l’année de la mort de Louis XIV. Il meurt quelques mois après la chute de Robespierre (1794). A Rome. Où son cœur est exposé en l’église Saint-Louis-des-Français. Tandis que son corps repose dans la crypte de la Cathédrale de Nîmes. François-Joachim de Pierre de Bernis fut académicien à vingt-neuf ans. Voltaire qui n’appréciait guère son style fleuri et ampoulé le surnomma « Babet la bouquetière ». A trente-six ans, le voici ambassadeur à Venise. Et à quarante et un, Ministre des Affaires étrangères. Avant d’avoir atteint son demi-siècle, il est créé cardinal romain. Encore vingt-cinq ans, et c’est 1789 ! « Dans les sociétés moribondes, l’ambition satisfaite a le goût amer de l’échec. » note Roger Vailland dans son « Eloge du Cardinal de Bernis » (1957). Vailland qui, cette année, aurait cent ans, et dont « Les cahiers rouges » rééditent « Le Regard froid » comprenant cet opus sur le prélat et homme politique réputé libertin , à côté d’essais sur Casanova, Laclos et Sade. Ce qui unit le premier aux trois autres n’a cependant rien à voir avec la licence amoureuse ou la jouissance de l’amour physique. Tout comme l’auteur des « Liaisons dangereuses », le Chevalier de Seingalt ou l’écrivain des « Cent vingt journées de Sodome », Bernis se veut le souverain de ses sentiments, le maître de ses stratégies. Le sang froid du politique rejoint le sens froid du créateur. C’est la marque de l’homme de qualité. D’un grand seigneur gentilhomme. Le contraire de Dom Juan selon Molière. Roger Vailland le rappelle : « Gentil, du latin gentilis, qui est de bonne race, et par extension, délicat, généreux. »
Michel Boissard
Le Regard froid, R.Vailland, Grasset, 2007, 8,60 euros