L’OMBRE INFINIE DE DURRELL
L’OMBRE INFINIE DE DURRELL Selon le poète Marc Alyn – gardois d’adoption jusqu’au bord des années 1990 – la route qui mène d’Uzès (où il résidait) à Sommières, mériterait le nom de Route Durrell. Du nom de l’écrivain anglais (1912-1990), né au pied de l’Himalaya, cosmopolite consommé, qui jeta l’ancre dans la cité du Vidourle voici juste un demi-siècle. Pour la circonstance, on republie « Le grand suppositoire » - des entretiens entre les deux créateurs, à la fois feu d’artifice de l’esprit et vrai bijou de style. Surtout remarquable lunette d’approche d’une œuvre dont l’ombre infinie surplombe ce canton de la fiction romanesque qu’on appelle littérature de l’urbanité. Du « Quatuor d’Alexandrie » (1957-1960) au « Quintette d’Avignon (1974-1985), nul mieux que Lawrence Durrell n’ a exprimé par l’écriture l’esprit des lieux, l’âme de la ville. Du sang, de la volupté, de la mort – le célèbre titre barrésien va comme un gant – note Marc Alyn – à l’égyptienne Alexandrie de Durrell. Cité hantée par l’Histoire, « assise entre un désert et un lac », ville du pluriel où il n’y a ni grecs, ni éthiopiens, ni soudanais mais une Babel ressuscitée. Peinte avec les coloris de Delacroix. Peuplée de personnages de Goya ou de Jérôme Bosch. A la fin de sa vie, en proche voisin de la cité des papes, Durrell retrouve le goût de la lumière fauve. Il côtoie gnostiques, cathares et Templiers dans une atmosphère ésotérique de Radeau de la Méduse. Le Rhône se fait parallèle du Nil. « Avignon rose du monde » devient le pendant de la ville née, dit Henry Miller « de l’esprit démentiel d’Alexandre le Grand qui, après tout, fut sublime. » Michel Boissard Le grand suppositoire, L. Durrell, M. Alyn, Editions Gutenberg, 2007, 17,95 euros
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