VIVRE DANS LE FEU
« Je serai feu. En moi tout est incendie. « écrit Marina Tsvetaeva (1892 – 1941), la poétesse russe que Boris Pasternak voyait comme « une âme virile, s’élançant avidement vers le définitif ». Fille d’un historien réputé. Rebelle à sa condition de femme et à son temps. A seize ans, elle publie un « Album du soir » - de facture classique mais ébouriffant d’inspiration romantique. « Christ-Dieu, qui m’a donné une enfance plus belle qu’une légende / Donne-moi la mort à dix-sept ans. » Son héros est alors l’Aiglon… Mais l’Histoire la rattrape. Du « Dimanche rouge » de 1905 à l’Octobre 1917 de Pétrograd, la révolution ensemence un paysage jusqu’alors figé. Adolescente, Marina a épousé Serge Efron, qui choisit les Blancs. Tsvetaeva s’exile. Intérieurement. « De nouvelles foules, d’autres drapeaux / Mais nous resterons fidèles au serment / Car le vent est mauvais juge. » Puis d’Allemagne en Tchécoslovaquie où elle retrouve son mari volontairement expatrié après la victoire de l’URSS. Débute alors une triple errance : éloignée de sa terre natale, négligée par l’émigration, emportée par des « idylles cérébrales » de femme émancipée. Platonique ou réalisé, l’amour est un absolu. En témoignent ces « Lettres de la Montagne » écrites à un autre exilé russe, Constantin Rodzéwich. Ecartelées entre la fidélité au pacte conjugal et la passion qui embrase les sens et incendie l’esprit. Pleines de nostalgie pour son pays : »Russie, ma Russie / Pourquoi nous illumines-tu d’un tel éclat ? » Elle retournera « là-bas où le destin de notre siècle saigne » (Aragon). Sa fille y mourra de faim. Une autre finira au Goulag. Marina Tsvetaeva se pendra sous le règne de Staline. Plus tard, Serge Efron sera fusillé. « Oreilles obstruées / Et mes yeux voient confus / A ton monde insensé / Je ne dis que refus. » Michel Boissard Lettres de la Montagne, M. Tsvetaeva, Clémence Hiver éditeur (Sauve), 2007, 17 euros
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