ACTEUR, TEMOIN ET MORALISTE
François Mauriac (1885 – 1970) a dix ans au moment de l’Affaire Dreyfus, vingt lors de la Séparation des Eglises et de l’Etat. Le Front Populaire, la guerre d’Espagne, 1940 et l’Occupation le trouvent au milieu du chemin de la vie. Il a soixante ans à l’Epuration (1945). Prix Nobel de Littérature 1952, à l’heure de la décolonisation, il meurt un jet de pierre après Mai 68, à quelques semaines de la disparition du général De Gaulle. Peut-on s’étonner qu’il ait été l’un des écrivains français de son siècle les plus sensibles à la chose publique. ? D’autant qu’il a fait du journalisme un canton à part entière de l’écriture. Et de l’engagement un pléonasme de ce genre littéraire. Réunis au chevet de cette œuvre méconnue, J. Daniel, J.C. Guillebaud, Francis Jeanson, J. Lacouture, René Rémond et J. Touzot évoquent la trajectoire d’un grand bourgeois girondin, né à droite, ayant souvent pensé contre sa classe, acteur, témoin et moraliste d’un siècle-tragédie. Catholique en colère contre le bombardement nazi de Guernica (1937) comme il le sera de la torture en Algérie. Résistant à Machiavel (ainsi qualifie-t-il l’hitlérisme) de même qu’il le sera au stalinisme, après avoir salué la fidélité patriotique de la classe ouvrière française. Soutien de Mendès-France (1954), ami (à la dent dure) du jeune Mitterrand, zélateur du « Premier des Français » (sans Massu) ! Un art du trait consommé, une plume vitriolée, mais le cœur, l’esprit et l’âme engagés. Ce que Maurice Clavel nommait « le journalisme transcendantal » Michel Boissard François Mauriac, un journaliste engagé, Editions Confluences, 2007, 15 euros
Publicité