LE ROUGE POUR NAÎTRE A BARCELONE
« Le rouge pour naître à Barcelone / Et le noir pour mourir à Paris ». Le refrain de « Thank you Satan », la chanson de Léo Ferré, s’accorde au beau roman de Frédéric H. Fajardie sur la Guerre d’Espagne, réédité vingt ans après sa publication (1988). Ecrit pour le cinquantenaire de la Bataille de l’Ebre (1938), il conserve le secret miroitement de ces verroteries noires dont parle Victor Hugo dans « Les Misérables ». L’éclat sombre de l’Histoire. Où la gauche espagnole aux prises avec le fascisme est abandonnée par les démocraties – Blum et la non-intervention franco-britannique… Déchirée par les luttes fratricides entre staliniens, trotskystes et anarchistes. L’éclat tragique de la désillusion lyrique de trois ouvriers parisiens – Riton, Harszfield et Mena – qu’on dirait frais émoulus de « La Belle Equipe », le film de Julien Duvivier… Qui s’engagent dans les Brigades internationales à la poursuite d’un criminel de droit commun réfugié dans le camp franquiste ! Témoins et acteurs de l’agonie d’un peuple qui a inspiré la fraternité d’Hemingway, la satire de Georges Orwell, la colère homérique de Bernanos et le credo révolutionnaire d’André Malraux.
Michel Boissard
Une charrette pleine d’étoiles, F.H. Fajardie, 2008, Mille et une nuits, 4 euros