La chanson est une arme chargée de futur
Au sud, le Boulevard Salvador-Allende. Au cœur de la ville, le Centre Pablo-Neruda. Ne manque à Nîmes qu’un site au nom du chanteur assassiné Victor Jara. En mémoire d’un autre 11 septembre - 1973 - où Pinochet met à bas la démocratie chilienne. Pour raviver le souvenir, voici une chaleureuse biographie de Victor Jara - par Joan son épouse qui utilise son patronyme « avec fierté, comme un défi ». A juste titre. Né en 1932, dans les collines de Talagante, non loin de Santiago, c’est le fils d’un paysan analphabète. Son enfance est bercée du double chant des pauvres. Celui du folklore célébrant travail et traditions. « Depuis des années entières / J’enfonce le poing bien serré / La charrue dans la terre / Comment ne pas être usé. » Celui qui dresse l’espérance à la manière de Neruda exaltant les hauteurs de Machu-Picchu. Maintenant apparaissent noms et figures exprimant par la mélodie le patrimoine d’une culture populaire. Angel et Violetta Parra, l’argentin Atahualpa Yupanqui , Quilapayun… « Une strophe qui ouvre le cœur comme une blessure peut nous permettre de voir le monde avec des yeux neufs. » Avec l’engagement politique, la chanson éclate de rythmes originaux. C’est la « nueva cancion chilena »… Qui appelle au partage des terres (A desalambrar). Fustige les bourgeois du « Quartier haut » de Santiago (Casitas del Barrio Alto). Interpelle l’avenir : « Soldat ne tire pas sur moi/ Soldat/Je sais que ta main tremble/Quand tu tires/Soldat. » (El soldado). Le 14 septembre 1973, les militaires ont brisé ses doigts de guitariste et tiré sur lui. Mais ils ne l’ont pas tué. Aragon l’ écrit : « Contre le chant majeur la balle que peut-elle / Sauf contre le chanteur que peuvent les fusils / La terre ne reprend que cette chair mortelle / Mais non la poésie. »
Michel Boissard
Victor Jara, un chant inachevé, J. Jara, Aden, 2007, 20 euros