DIABOLIQUEMENT VÔTRE : JEAN GIONO.
C’est dans les interstices d’écriture du « Hussard sur le toit » (1951), que Giono compose ces sept nouvelles. Au lendemain de la Libération, l’écrivain – emprisonné pour collaboration, après l’avoir été en 1939 pour pacifisme - est aux prises avec « une réalité nue simple, brutale, violente, cruelle » (J.F. Durand) Finie l’utopie généreuse du Contadour ! Place à l’enfer du monde ! Giono n’est pas devenu métaphysicien. Il raconte à Jean Carrière que son plus grand péché est l’indifférence spirituelle… Mais le Mal capte l’intérêt de l’auteur d’ « Un roi sans divertissement ». Et l’instinct de destruction qui est la marque de Lucifer – comme chez Gogol ou Dostoievski. Qui fait que les habitants du vallon de l’Iverdine (« Monologue ») trompent leur ennui en jouant à se pendre…Que le fermier Alexandre a été tué car la « criminelle et impériale Augusta » cherchait à découvrir de nouvelles sensations. «Cherchez dans toute la Création : où sont les gras pâturages des hommes ? dans le sang versé. » (« Silence ») Que le narrateur de la nouvelle-titre du recueil (« Faust au village ») simple quidam fréquentant en camion des routes de montagne, subit la fascinante emprise d’un auto-stoppeur de rencontre, au point d’en perdre volonté et personnalité. Pas besoin de soufre, ni de fourches, ni de diables cornus ! Le démon sonde les reins, pénètre les cœurs, envahit les âmes. Et maintenant, il demeure banalement en nous.
Michel Boissard
Faust au village, J.Giono, réédition, L’Imaginaire, Gallimard, 2008, 5,90 euros