QUAND MAX ROUQUETTE EUT LES CENT ANS…
A la fin de l’automne, cela fera cent ans que naissait à Argelliers (Hérault) Max Rouquette. Dans une famille de viticulteurs, au cœur d’un théâtre de garrigues dont l’occitan est le parler naturel - le natif pèse plus que l’acquis dans la formation de ce médecin qui est l’un des plus notoires écrivains de lenga nostra du XXe siècle. Sous le signe de Dante et de Mistral, il liera ses travaux et ses jours à la revue Occitania (1936), à la création de l’Institut d’Etudes Occitanes (IEO, 1945), fondera le Pen Club d’Oc (1962) et dirigera avec Bernard Manciet et René Nelli la revue simplement nommée Oc (1978 – 1983). L’universalité de l’œuvre de Max Roqueta se manifeste en ce qu’il est un auteur contemporain français traduit en japonais, en arabe, comme en allemand, en hongrois, en hollandais ou en polonais, etc. Mais réside surtout dans le refus d’ un enfermement identitaire, d’ un repliement sur le pré carré d’une culture spécifique. En témoigne, rééditée à l’usage des lycéens, sa pièce « Médée ». La figure de la magicienne, femme de pouvoir et matricide par amour, nous vient de la Grèce d’Euripide. Son histoire écrite en occitan inspire la mise en scène de Jean-Louis Martinelli au Théâtre des Amandiers de Nanterre (2003). Qui la crée avec des acteurs du Burkina-Faso, faisant traduire en bambara (dialecte africain de l’ouest) les psaumes dont Rouquette jalonne les scènes d’une tragédie qui résonne ainsi des voix bibliques de David, de Job, d’Isaie ou d’Ezéchiel. Et dont il rêvait dans ce paysage solaire d’un autre temps « suivant la route qui de La Boissière descend sur Aniane »…
Michel Boissard
Médée, M. Rouquette, Classiques & Contemporains, Magnard, 2008, 5 euros