UNE BLESSURE A L’ÂME

Publié le par Michel Boissard

                                        

 

 Sait-on que, sous l’Occupation, Jean Guéhenno (1890 – 1978) prit pour pseudonyme de résistance le beau nom de Cévennes ? Trente ans après sa mort, les efforts réunis  de Claire Paulhan, Jean-Kely Paulhan et Philippe Niogret accomplissent la résurrection de l’écrivain qui – hommage à Rimbaud, salut à  Marx, révérence gardée envers Breton ! – titra son autobiographie : « Changer la vie » (1961). Le fils du cordonnier pauvre de Fougères, successivement employé d’usine, boursier, Normalien, professeur agrégé,  dirigeant avec le camisard Chamson  Vendredi - l’hebdomadaire du Front Populaire, puis académicien, sort de l’oubli littéraire par la porte la plus inattendue : celle d’un roman inédit. Le seul qu’il  ait écrit, à côté d’essais notoires sur Michelet, Renan, Voltaire et Rousseau. Qui, s’il eût été  publié en son temps  (1917),   figurerait  naturellement dans l’anthologie de Jean-Norton Cru étudiant les souvenirs des combattants de la Première guerre mondiale (Témoins, 1929).  Signe irréfragable que l’auteur de « La Mort des autres » (1968) garde des « années 1914-1918,  comme une blessure à l’âme »  Rien à voir pourtant avec le souvenir de l’officialité – le « redoutable suffrage universel de l’Histoire » de Péguy. Mais plutôt avec la chair vive de « la jeunesse morte ». Celle que Barrès  - le « rossignol du massacre » dixit Romain Rolland – appelait au Devoir , à  l’Honneur , à la Dignité,  au Sacrifice . Balivernes qui font marcher au feu trois cothurnes de la rue d’Ulm : Toudic, Hardouin et Lévy, protagonistes de cette fiction  autobiographique. Avant qu’ils ne s’aperçoivent qu’ils ont été les dupes des « vieillards ».    Et que le premier, seul survivant de l’hécatombe,  ne lance à la cantonade : « Vous avez fait la guerre et vous n’avez pas honte ! Il est beau de vivre » !

 

                                                                                                                                                     Michel Boissard

La Jeunesse morte, J.Guéhenno, Claire Paulhan, 2008, 32 euros

 

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Publié dans articles La Gazette

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