UN GRAND CLASSIQUE FRANÇAIS
Né à Bruxelles, d’un père français, « portraitiste peu embrayé sur son époque », le futur anthropologue Claude Lévi-Strauss (1908), réalise en 1931 de petits travaux d’artisanat destinés au Pavillon de Madagascar de l’Exposition coloniale, histoire d’arrondir des fins de mois familiales difficiles. Grâce à quoi ses parents peuvent acheter une vieille magnanerie en ruines, à une encablure des Bressous, la maison des Chamson, proche de Valleraugue… De cet observatoire privilégié, qu’il parcourt en tout sens, se passionnant en particulier pour la géologie, le jeune homme a la « révélation du pays sauvage ». Il s’en souviendra lorsque plus tard, fort de ses observations de terrain en Amérique latine, il publie en 1962 « La Pensée sauvage », marquant l’importance des mythes dans la compréhension de l’infrastructure du monde. Il ne l’a pas oublié davantage quand il fait des Cévennes le « refuge » de ses années de guerre. Ni lorsqu’il parraine la création du Musée cévenol au Vigan. Ni quand son voisin raïol André Chamson lui met le pied à l’étrier pour s’intégrer à la « tribu des hommes verts » de l’Académie française… C’est le portrait de cet homme, derrière l’inventaire d’une œuvre à l’impressionnante rigueur scientifique (Françoise Héritier), que nous propose Emilie Joulia, journaliste à la radio des « Cinq Académies » (Institut de France). Figure d’un homme de lettres « soucieux de la prose » (V. Debaene) – qui fait de Montherlant, son prédécesseur sous la Coupole, une pénétrante analyse critique (1973) ; d’un « grand classique français » et du « scientifique amateur de beauté » (Jean-José Marchand) ; enfin, de l’humaniste de « Tristes Tropiques » (1955) qui a démontré que la différence des cultures rend leur rencontre nécessairement féconde. (Ph. Descola)
Michel Boissard
Lévi-Strauss, l’homme derrière l’œuvre, E.Joulia, JC. Lattès, 2008, 18 euros