UN MIROIR LE LONG DU CHEMIN
Même s’il admire l’œuvre de Gide, Frédéric Jacques Temple (1921) n’est pas un diariste à la façon de l’auteur des « Faux Monnayeurs ». Mais voici qu’il nous procure le « journal », entièrement recomposé, des trente et quelque mille jours d’une existence surplombée par l’écriture – du journaliste, du poète, du romancier, du critique, et désormais du mémorialiste. Le récit de cette vie éclaire la définition que Stendhal donne du roman : un miroir que l’on promène le long d’un chemin. Montpelliérain de naissance et lozérien de jeunesse, FJ Temple voit le jour peu après la parution du poème de Cendrars « Du monde entier »… Ce qui justifierait le double enracinement de son inspiration créatrice. Ici, les étangs du littoral et le plateau du Larzac, là, l’intensive lecture de Withman, Melville et Fenimore Cooper. En un mot, le cosmopolite de « L’Enclos » (1992). Pour parrain d’enfance Baroncelli, l’inventeur de la Camargue, l’ethnologue Claude Lévi-Strauss comme professeur de philosophie ! Condisciple du futur imprécateur dominicain Jean Cardonnel et footballeur avec le futur comédien Michel Galabru. Engagé plus tard contre l’Afrika Korps de Rommel, puis à Cassino et au débarquement de Provence… Journaliste littéraire à Afrique Magazine où, en février 1945, il défend cette valeur gidienne entre toutes : la ferveur. « Nathanaël, je t’enseignerai la ferveur… » Ce sentiment « plein de sang et de clarté » qui irrigue aussi bien « Un cimetière indien » (1981) et « La Route de San Romano » (1996) que les poèmes réunis dans « Anthologie personnelle » (1989) - « Je regarde se perdre un convoi vers le Sud… » Et encore l’esprit d’ouverture - la disponibilité - qui fait de l’homme de la radio languedocienne l’interlocuteur pertinent et l’ami de Miller et Durrell, de Max-Pol Fouchet, Delteil, Jean Joubert et Jean Carrière, de Char et André Chamson… FJ. Temple ? Singulier et universel, il a suivi sa pente. Mais en montant.
Michel Boissard
Beaucoup de jours, FJ. Temple, Actes Sud, 2009, 25 euros