POUR SALUER PIEYRE DE MANDIARGUES
On ne sait pas assez qu’il existe dans le très protestant Saint-Hippolyte du Fort un minuscule « Faubourg Mandiargues ». Ni que les Pieyre sont une des plus anciennes familles calvinistes du némausais. Et que que ces deux patronymes liés forment l’identité d’un des écrivains contemporains les plus originaux que puisse revendiquer le Gard : André Pieyre de Mandiargues (Paris, 1909-1991). Prix Goncourt pour son roman « La Marge » en 1967. L’année même de la naissance de sa fille Sybille. Laquelle présente un précieux volume d’œuvres érotiques et fantastiques de l’auteur. Pour qui ignore Mandiargues – surréaliste, « à distance » d’André Breton - poète, romancier, dramaturge, essayiste, critique de peinture, ce recueil illustre une inspiration et un style neufs. La sensualité et l’écriture de fiction constituent l’alpha et l’omega de son talent créateur. « Il n’y avait rien au monde qui me donnât autant d’émotion que les livres, avant même la présence féminine. » (Autoportrait) Ici, la langue entrelace la préciosité du vocabulaire et le recours aux images oniriques. Un érotisme parfois ambigu s’associe à des métaphores marines (Mascarets). Ou bien, la violence et le sexe irriguent une nouvelle rebelle comme « Le sang de l’agneau ». Les parents de Marceline Caïn tuent le petit lapin qu’adorait la jeune fille. Traumatisée, celle-ci, après avoir été violée par un boucher noir, égorge au couteau ses propres géniteurs « gisant endormis et nus dans une espèce d’enlacement affreux »… C’est que « le sang de la virginité perdue correspond au massacre des disciplines familiales »… Pieyre de Mandiargues s’enchante de ce que le poète anglais Yeats nomme « la beauté terrible » !
Michel Boissard
Récits érotiques et fantastiques, A. Pieyre de Mandiargues, Gallimard, 2009, 27 euros