GILLES DE RAIS, LE ROUGE ET LE NOIR

Publié le par Michel Boissard

                                                        

 

 

Ìl y a, en premier lieu, le cadre et le décor. Pierre Combescot excelle à nous restituer, dans le détail et par le menu, la société française de cette première moitié du XVe siècle, durant la guerre de Cent ans.  On pense naturellement - mutatis mutandis -  à « La Semaine Sainte » d’Aragon (1957) pour la maîtrise de l’Histoire et le réalisme de l’écriture. Ensuite, voici le héros du roman : Gilles de Montmorençy-Laval, baron de Rais, comte de Brienne, maréchal de France, neveu de Du Guesclin, compagnon d’armes de Jeanne d’Arc. Le modèle qui inspirera la Barbe Bleue de Charles Perrault. Personnage central d’un  drame qui entrelace les rapports de force au temps de la féodalité à la perversité sexuelle. Gilles de Rais,  un des plus grands criminels pédophiles de la chronique. Mais aussi le rejeton d’une illustre famille de noblesse bretonne qui compte soudards et seigneurs entre Saint-Etienne-de-Mer-Morte et Pornic... Fervent chrétien, fabuleusement riche, qui s’adonne à l’alchimie  - « L’Oeuvre au noir »... Et conduit une sorte de sanglante farandole ne comptant pas moins - jeunes paysans et serviteurs adolescents - de cent quarante victimes. Violées, torturées, mutilées, dépecées, voire dévorées !  A en croire Georges Bataille qui fut fasciné par la banalité du mal enveloppant la silhouette fantastique de Gilles de Rais, cette violence qui ne recule devant rien est une sorte de fête barbare. On évoque ici les images primitives de « Porcherie », le film de Pasolini...  Le procès et l’exécution de Gilles de Rais  ajoutent une goutte de démesure à la tragédie : c’est presque comme un saint qu’il est conduit au bûcher, alors que Jeanne d’Arc le fut sous les lazzis ! Et l’un de ses descendants fut le très politique cardinal de Retz...

 

                                                                                                                                                    Michel Boissard

 

Pour mon plaisir et ma délectation charnelle, P. Combescot, Grasset, 2009, 13,90 euros

 

 

 

 

 

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