Histoire secrète de l'Inquisition, P. Godman

Publié le par Michel Boissard

L’Inquisition, tribunal chrétien de salut public

 

Histoire secrète de l’Inquisition, de Paul III à Jean-Paul II,

 par Peter Godman, Perrin, 342 p., 2007, 21 euros

 

 

En dépit d’un titre un tantinet racoleur, l’étude que signe l’historien d’origine néo-zélandaise Peter Godman, constitue une approche clarifiante et novatrice de l’Inquisition catholique. Sous ce vocable globalisant se logent des réalités chronologiques et idéologiques différentes de l’histoire de l’Eglise. La première Inquisition (1199), bras ecclésial de la lutte politique contre l’hérésie, que l’on voit à l’œuvre contre les cathares du Languedoc. C’est le cadre légitime que l’Eglise donne aux pratiques d’Etat en cours dans l’Europe médiévale. Depuis Constantin, le christianisme est religion officielle. Or le roi est l’oint de Dieu. Donc, toute hérésie est inséparablement atteinte portée au pouvoir spirituel et au pouvoir temporel. Ce syllogisme valide l’arsenal de contraintes mentales et physiques par quoi le prince et le clerc extirpent l’hétérodoxie. La deuxième Inquisition, contemporaine du pape Paul III (1542) – le Saint Office – apparaît plus autonome du politique, davantage dominatrice des esprits. C’est l’Inquisition romaine. Sur quoi se greffe un redoutable outil de censure : l’Index librorum prohibitorum, chargé de surveiller et d’orienter les lectures des chrétiens. L’Inquisition romaine a la même fonction de contrôle répressif que sa devancière. Cette dernière a culminé avec le bûcher de Montségur (1244). Celle-là inaugure son règne par la condamnation au supplice du feu du moine philosophe Giordano Bruno (1600). Entre-temps, Luther a affiché ses 95 Thèses à la porte de l’Eglise de Wittenberg (1517). L’Inquisition c’est l’anti-Réforme. Cependant, comme le note Peter Godman, dans le cas de l’Inquisition romaine en particulier, la violence contre les corps n’est pas immuablement au principe de la procédure inquisitoriale. Dans son combat contre l’hérésie, l’inquisiteur utilise une subtile dialectique contre les esprits, qui mêle l’implicite et l’inexprimé, le sous-entendu et le non-dit. La vérité est moralement admirable et socialement utile ; Pour la défendre, tous les moyens sont par conséquent légitimes. Dès lors, est admissible une justice qui accepte les accusations et dénonciations sans preuves, refuse la moindre garantie à l’accusé, use de tous les procédés pour obtenir l’aveu. Le « Manuel de l’Inquisiteur » de Bernard Gui (1261-1331) rejoint la casuistique du cardial Robert Bellarmin, chef du Saint Office, quatre décennies durant, à la Renaissance. Il s’agit de promouvoir la vraie, la seule foi. Selon la formule de l’historien de l’Eglise Daniel-Rops, l’Inquisition est en quelque sorte le tribunal de salut public de la chrétienté. Les connotations modernes et contemporaines de cette comparaison justifient que le pape Paul VI, lorsqu’il supprime en 1966 l’Index, ultime vestige de l’Inquisition, inscrive son acte dans le sillage de Bernard de Clairvaux qui, pourtant, prêcha la Croisade : « La foi est œuvre de persuasion ; on ne l’impose pas ». 

 

 

Michel Boissard

historien

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Publié dans humanité

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