Henry Miller, FJ Temple
Henry Miller :une étoile qui danse
Au moment où le tandem Bush-Rumsfeld déshonore la bannière étoilée en Irak, il est urgent de lire l’essai biographique consacré par Frédéric Jacques Temple au rebelle Henry Miller (1891-1980). Le petit gars de Brooklyn, fils de tailleur, tôt confronté à la rue, aux boulots précaires, est un écrivain-type de l’Amérique. Comme Whitman, Thoreau, Melville, Faulkner ou Wolfe. Mais la force de son écriture réside plus dans un corrosif esprit de dérision que dans la « magnificence verbale ». Ce raté, aux yeux de sa mère, est un imprécateur à la Céline. Il vomit l’Amérique des capitalistes, la société des conservateurs, des puritains, des tièdes, et la voit en « Cauchemar climatisé » (1945). Séjournant en France durant les années 1930, voyageant ensuite en Angleterre et en Grèce, nouant amitié avec Durrell qu’il visitera à Sommières, Miller a fait exploser la bienséance littéraire. Ses « Tropiques » du Capricorne (1934) et du Cancer (1938), la trilogie « Sexus, Plexus, Nexus » (1949-1960), la dilection qu’il voue à la romancière Anaïs Nin, lui forgent une réputation d’hérétique, de libertaire, de pornographe. Alors que, écoutant le conseil de Nietzsche, il a entretenu le chaos en lui pour accoucher d’une étoile qui danse.
Michel Boissard
Henry Miller, F.J. Temple, Buchet-Chastel, 2004, 17 euros.