Marie Rouanet, notre Colette
Marie Rouanet, notre Colette
Sensualité de l’inspiration, fermeté du récit, clarté de l’écriture, alacrité du style : Marie Rouanet, c’est notre Colette ! La sœur jumelle de la grande. Celle dont, lorsqu’elle disparut, Aragon disait : « Une aile va manquer au murmure français ». Feuilletez, avant de la lire, cette « Luxueuse austérité », tout ensemble autobiographie, essai poétique, philosophie du quotidien. Il y a ici des accents de Giono, la subtile curiosité d’un Pierre Sansot pour ce qui reste à la mémoire lorsque les yeux ne voient plus, les doigts ne touchent plus, les oreilles n’entendent plus. Mais il ne s’agit pas d’une célébration du rustique, de l’exaltation des vraies richesses face à un univers urbain standardisé. L’austérité du titre est surtout la réhabilitation d’émotions, de gestes, de choses simples. Se baigner avec jouissance dans les eaux de l’Orb ou sur les rives méditerranéennes du cap d’Agde. S’attarder à la vie et à la mort des bêtes. S’émerveiller des campagnes d’autrefois où la nature, intelligente et industrieuse, transforme autant les déjections humaines que les déchets domestiques. Goûter la lueur de la lampe à pétrole, la flamme fuligineuse du quinquet à huile, sans mépriser l’électricité ni le gaz. Interroger les « archives du linge » : vêtements, draps, nappes, serviettes … Finalement, se dire à soi-même : « Garde, entasse, souviens-toi mon cœur ».
Michel Boissard
Luxueuse austérité, M. Rouanet, Albin Michel, 2006, 15 euros.