Walter Benjamin, un Socrate d’aujourd’hui

Publié le par Michel Boissard

 

Walter Benjamin, un Socrate d’aujourd’hui

 

Le 24 septembre 1940, à Montoire, ville du centre de la France, un vieux maréchal tricolore et un caporal autrichien minable ont scellé le sort d’un philosophe allemand, considéré comme le Socrate de notre temps. La tragédie eût lieu deux jours plus tard. A Port Bou, là où les Pyrénées viennent se jeter dans la mer. A un jet de pierre de Cerbère, le dernier village français avant l’Espagne. Chassé d’Allemagne en 1933 par les nazis, déchu de sa nationalité en 1939, désormais juif apatride, Walter Benjamin suit le chemin de ceux qui quittent l’Europe par la péninsule ibérique. Mais il est trop tard. Pétain livre à Hitler ses opposants, que Franco refuse de laisser transiter par son pays devenu un charnier et une prison. Alors, comme le philosophe grec condamné par la Cité, Benjamin absorbe la ciguë. Quelques cachets de morphine. Dans le Berlin de son enfance, sa mère l’appelait M. Maladroit .. Le fils de Moïse et de Marx, qui eût longtemps l’exil et la solitude pour frère et sœur, et qui jouait aux cartes avec Brecht et Koëstler, achève sa journée dans la déchirante clarté d’un automne du Sud. Sur la frontière. Walter Benjamin dont la plume prolifique entrelace critique, philosophie, littérature, histoire, théologie, politique, apparaît ici et maintenant comme l’homme des passages et des transgressions.

 

Michel Boissard

 

 

Walter Benjamin, l‘ange assassiné, Tilla Rudel, Mengès, 2006, 25 euros

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Publié dans articles La Gazette

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