Les Passants du Passé
Les Passants du Passé
Christian Giudicelli raconte que, jeune, il aimait assister aux répétions de bel canto à l’Opéra de Nîmes. En compagnie du machiniste préposé au lever du rideau. Lequel, partageant son engouement, lui dit qu’au fond ils étaient tous deux « gens de coulisses ». Filant la métaphore, l’auteur des « Passants » dépeint l’écrivain dans un coin obscur de la scène, observant les faits et gestes des acteurs. Mais lorsqu’il veut intervenir, cessant d’être romancier pour devenir autobiographe. Plus loin, Giudicelli rapporte l’entretien qu’il eut avec l’écrivain américain Frédéric Prokosch. Pour conclure qu’il est préférable de rêver sa vie que de la vivre. Il ajoute : « On la rêve en lisant, en écrivant, comme dirait Julien Gracq ». Voici enfin l’épigraphe de cette plongée dans les souvenirs intimes d’une vie. Empruntée au livret de la « Carmen » de Bizet. Sur une place de Séville « Chacun passe/ Chacun vient, chacun va. » Notre existence est peuplée de passants. Ils partagent nos joies, créent nos déconvenues, se confondent avec nos amours. Se nomment, comme ici, Julien Green, Marcel Jouhandeau, Henri Thomas et Alain Cuny. Ou bien Karim, André, Abdou, les garçons dont on fût épris. Certains « sont repartis sur la route où nous n’avons été qu’une halte. » D’autres « ont vraiment sombré, nous n’entendons plus leurs voix. » Occupons-nous donc de ceux « qui hantent la mémoire en déchirant le flou de nos rêves. »
Michel Boissard
Les Passants, C. Giudicelli, Gallimard, 2007, 16,90 euros