Le Gard de la Préhistoire à nos jours : une histoire renouvelée
Le Gard de la Préhistoire à nos jours : une histoire renouvelée
Au lecteur vétilleux, le titre même de cette histoire du Gard – de la Préhistoire à nos jours – apparaîtra paradoxal. L’ouvrage dirigé par Raymond Huard est publié dans la collection L’histoire des départements de la France. L’historienne Anne-Marie Duport rappelle que ce département fût créé en février 1790 par décret de l’Assemblée nationale. On s’attendrait donc, dans la lignée de celle du géographe Malte-Brun parue en 1882 (rééditée en 1986 aux Editions du Bastion), à une étude couvrant deux siècles d’histoire d’une circonscription administrative à l’aire fixée depuis la Révolution française.
Le paradoxe est seulement apparent. Le choix de l’équipe d’historiens, de géographes et de chercheurs qui a rédigé ce beau livre, aux cartes explicites et à l’iconographie choisie, est de procurer une histoire tout ensemble nouvelle et renouvelée. Nouvelle, elle intègre les connaissances et formule les hypothèses de recherche les plus récentes. Renouvelée, elle inscrit la réalité départementale dans un espace élargi – la région gardoise – et dans la longue durée. Cette histoire du Gard est donc celle d’un territoire particulier, doté de traits naturels, de modalités de peuplement, d’un type de développement économique et social, de catégories culturelles dont les spécificités sont mises en valeur par une pluralité de regards, ou mieux de plongées successives dans un tissu spatio-temporel multi-millénaire.
De cette visée des auteurs on retiendra ici trois données majeures. La personnalité gardoise, le terme est préféré à celui d’identité, est revisitée de manière pointue. Mosaïque des paysages, diversité des sites, contrastes de la topographie, chocs climatiques, hétérodoxie des mentalités : le pays est à la fois singulier et pluriel. Le Gard, c’est la différence instituée. A cette caractéristique fondatrice s’accordent un brassage, des croisements, un mélange, des mariages de population justifiant une vocation d’ouverture et d’accueil. D’autre part, l’histoire du Gard n’est pas considérée sous l’angle privilégié des « moments jugés les plus prestigieux », mais traitée sur le mode de l’alternance. Essor et déclin du textile, triomphe et crise de la viticulture ; lieu d’acculturation pour les Républicains, le socialisme, la gauche, et terre de résurgences durables pour l’extrême-droite ; contrée d’élection de la Réforme mais pays des Cévennes catholiques (Robert Sauzet). Enfin le Gard est un territoire en devenir parce qu’il est un département de mutations. Les pages consacrées par Maryse Clary au « nouveau développement industriel » attestent du lien étroit qui associe dans le Gard la reconstitution des bases patrimoniales à la dynamique du futur, et posent la question (Raymond Huard) à l’heure de la mondialisation, de son repositionnement territorial au cœur du Sud méditerranéen.
Michel Boissard
Le Gard de la préhistoire à nos jours, ed. Raymond Huard, EditionsJean-Michel Bordessoules, 2003, 48 euros.