Un cousin de M Teste
Un cousin de M Teste
Il se méfie de Paulhan « cet étrange guerrier appliqué qui cache peut-être un Laclos ». Lequel a découvert son talent d’écrivain. Et l’a fait éditer. De « Quand vient la fin » (1941), qui brosse le tableau de l’ascension et de la déchéance d’un père, Joë Bousquet écrira que c’est une vigoureuse « charge contre la psychologie d e l’individu ». Paru il y a soixante-dix ans, son premier roman, « Zobain », récit de la désagrégation d’un couple, porte une épigraphe de Gide : « Que raconter de soi, sinon des changements. » C’est ce qu’il fait avec « L’apprenti » (1946). Histoire d’un garçon d’étage dans un hôtel parisien. Il le fût. Et transpose cette expérience à la manière du voyeur de « L’enfer », le roman du cévenol et pacifiste Henri Barbusse. Pacifiste, il l’est avant-guerre. Il soutient Giono, emprisonné pour défaitisme en 1939. Et administre une volée de bois vert à Chamson, résistant au nazisme les armes à la main. A propos des « Poulpes » (1953), reflet de sa vie de prisonnier de guerre, Marc Bernard note que c’est un livre « à lire en se bouchant le nez. » Car il sent le souffre. Raymond Guérin (1905-1955) agent d’assurance de métier, réfractaire de vocation, s’est peint sous les traits du héros de ce dernier opus : Le Grand Dab. Un cousin de M Teste. Le personnage de Valéry. Un témoin de notre temps.
Michel Boissard
Raymond Guérin, 31, allées Damour, J.P. Kauffmann, la petite vermillon, 2006, 10 euros